Chronique | Le double mystère de l’affaire Publifin

Un double mystère continue à entourer l’affaire Publifin/Nethys.

Editorialiste en chef Temps de lecture: 4 min

Au début de cette année, nous avions attiré l’attention d’hommes politiques et politologues flamands sur ce qui avait pour eux l’apparence d’un feu de cheminée local, mais était en réalité le détonateur d’une vraie grande explosion dans le paysage politique francophone. En janvier, à la question « c’est grave, cette histoire Publifin pour le PS  ? », nous avions donc répondu « oui ». Force est de constater trois mois plus tard, que les choses se sont vérifiées : Publifin, c’était bien de la bombe !

Jugez plutôt. Un sondage donne le PS en troisième position derrière le MR et le PTB, dans un climat de réelle inquiétude auprès des membres du parti. Au PS aujourd’hui, on ne se demande plus « comment ca va ? », quand on se rencontre, mais « C’est terrible ». On sent physiquement la peur, l’humiliation, mais aussi un vrai sentiment de perdition. Nombre de militants et de responsables sont paniqués par l’état actuel du parti mais aussi par le fait que personne ne sait comment se relever de tout cela. On s’accroche à la capacité historique du PS de défier les prévisions les plus sombres, ou aux remontées spectaculaires d’après Agusta. Mais l’angoisse est cette fois très spécifique car liée à l’évidence : le bout du tunnel est très loin. A la manière du couteau qu’on tourne et retourne dans la plaie, la Commission d’enquête parlementaire wallonne exhibe en effet avec une régularité assassine, séance après séance, des personnages et des pratiques qui défient les principes et valeurs de tous les partis, mais touchent le PS en plein coeur.

« Avec des socialistes comme ça, on n’a plus besoin d’ultra libéraux », twittait un observateur après la prestation des présidents de secteur de Publifin et de Bénédicte Bayer, la directrice générale de Publifin. Avec André Gilles, Stéphane Moreau et consorts, le spectateur avait davantage l’impression d’assister à un exposé d’Albert Frère liégeois, vantant les mérites d’un holding diversifié et d’avoir de la « galette », plutôt qu’à un discours sur l’intérêt public lors d’une convention de l’internationale socialiste. Si on ajoute la divulgation forcée de salaires ou autres émoluments plantureux – bizarre, cette nouvelle manie namuroise de ne jamais se rappeler ce qu’on gagne –, il y a de quoi, de fait, faire hurler Elio Di Rupo. Et pas plus ?

Le MR et le CDH ont leurs casseroles dans cette affaire, mais ils ont réussi jusqu’à présent à faire démissionner très vite leurs « fautifs » ou à avoir que du menu fretin pris les mains dans le pot confiture. Pour le PS, c’est différent : après la démission de Willy Demeyer de la présidence de la Fédération liégeoise, la comparution de Jean-Claude Marcourt est une autre station très symbolique du chemin de croix des rouges.

Mais ce qui frappe aujourd’hui surtout, c’est le « mystère » qui continue à entourer l’affaire Publifin/Nethys. Un mystère double.

Ce qui frappe aujourd’hui surtout, c’est le « mystère » qui continue à entourer l’affaire Publifin/Nethys

Le premier est celui du « On ». « On » a nommé les mandataires publics dans les comités restreints, « on » a décidé de rémunérations folles. « On » n’a pas vérifié que les comités se réunissaient bien, « on » a convenu que les mandats dérivés échappaient aux limites, « on » a permis à Nethys d’échapper aux contrôles de façon répétée. Mais qui est ce « On » ? « On » vous parie qu’il s’agit d’une dérive de la particratie et de la manière dont les partis, leurs présidents, leurs conseillers, les chefs intermédiaires ont appliqué un modus vivendi qu’un grain de sable (Cédric Halin) est venu chambouler.

Le second mystère concerne le PS : mais comment un parti qui est capable de faire plier Caterpillar (on l’a vu cette semaine avec le terrain donné à la Région wallonne pour le franc symbolique) et est prêt à défier le monde entier en refusant le Ceta, ne sait pas mettre de l’ordre dans le PS liégeois, et cela pour corriger des dévoiements connus de tous ? « Elio a peur s’il fait tabula rasa à Liège de tout casser ». Quoi tout ? Les équilibres dans le parti ? Sa propre position ?

Elio Di Rupo, marqué au fer rouge par l’affaire Trusnach, dit attendre la fin d’une procédure contradictoire où on a entendu tout le monde avant d’infliger des sanctions. Son problème est que ce qu’on entend à Namur endommage le parti, jour après jour. Qui va réenchanter les militants ? C’est le PTB et Ecolo qui s’en chargent pendant que Publifin diffuse sa petite musique, rendant les chantiers de l’avenir et toute autre proposition de fond socialistes, inaudibles. Ou alors, en hurlant très très fort…

Cette chronique est parue dans De Standaard.

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