Place Saint-Lambert, à Liège

Elle s’adjuge l’affection des Liégeois. La place Saint-Lambert a pratiquement oublié la longue litanie de travaux qui l’ont écartelée durant 30 ans. Ici bat le cœur de Liège. Georges Simenon n’est pas né bien loin, au 24 de la rue Léopold. Liège se flatte de cette place, vantée par les poètes, écrivains et historiens français, parmi lesquels figurent Charles-Augustin Sainte-Beuve, Alexandre Dumas, Paul Claudel, Colette et Victor Hugo. La place Saint-Lambert porte en elle les souvenirs de la Révolution liégeoise. Jusqu’en 1794, année où la République exporte sa rage destructrice contre l’Ancien Régime, elle abrita l’ancienne cathédrale. Il fallait extirper ce symbole, mettre à bas la piété pour la remplacer par une nouvelle forme de ferveur. Les Liégeois s’en sont chargés. Ce coup de balai prit du temps à se dissiper : près de quinze ans pour évacuer la montagne de gravats ; on n’efface pas si facilement des siècles de domination… On fit Place nette et on dressa une place… impériale. On songera même un moment à ériger un monument à la gloire de Napoléon. Classée au patrimoine immobilier de la Région wallonne, la place est entrée de plain-pied dans l’histoire récente, entre palais de justice et gare de bus. Grande, avec quasiment 18.000 m 2 , la place fut aussi le théâtre d’une tragédie. Le 13 décembre 2011, Nordine Amrani semait la mort avant de mettre fin à ses jours. La place prit un air lugubre qui ne lui allait pas. Après tout, n’est-elle pas le centre névralgique de celle qu’on appelle la “Cité ardente ”, connue pour sa joie de vivre ? Dans son sous-sol repose un imposant passé. On y accède par l’Archéoforum «pour un voyage sur les traces d’une présence romaine » mais aussi plus loin dans le temps, quelque 9.000 ans, avec des joyaux préhistoriques. Une villa rustica gallo-romaine a laissé quelques vestiges, exemple type des fermes parsemant le territoire de l’actuelle Wallonie. Le perron n’est pas loin. La place du Marché non plus avec ses terrasses. Enfin sortie des fouilles et du vaste chambardement qui fut le sien, la place Saint-Lambert est devenue un peu fonctionnelle. Pour certains, elle manque franchement de verdure et aurait sacrifié au commerce, comme un grand carrefour utile mais dénué de souffle. Mais le Palais dresse toujours sa longue façade gris graphite, telle une muraille derrière laquelle se règle le sort des hommes. C’est ici que les Liégeois se retrouvent pour les grandes occasions, sur cette agora transformée en Marché de Noël, le plus grand de Belgique. On n’y fait plus la Révolution, même si la ville reste très francophile. L’historien Jules Michelet ne disait-il pas, au terme d’une visite qui lui plut, que « Liège est une ville qui se défait et se refait sans jamais se lasser ?». Le constat date de 1852. Il tient encore aujourd’hui alors que Liège se rénove et se relève d’assez belle manière.