Liszt: entre Dieu et l’amour des femmes

Liszt a comme mentor son père qui guide sa virtuosité précoce. Dès l’aube, Franz envoûte les oreilles et grâce au mécénat de certains aristocrates hongrois. La tribu Liszt s’installe à Vienne où le jeune Franz, qui a 8 ans, est formé par les plus grands. Il entame une tournée européenne agrémentée d’une longue escale à Paris. Il ne parvient pas à y intégrer le prestigieux conservatoire de musique, refusé aux étrangers. Si cette porte reste close, les autres s’ouvrent et lui déroulent le tapis rouge ; Franz se produit partout, est comparé à Mozart et se forge la réputation de plus grand pianiste à la ronde. À 14 ans à peine, il compose déjà. En 1827, Liszt perd son père et reprend les rênes de sa destinée. Il change de cap et commence à donner des leçons de piano. Après la révolution de juillet 1830, il se rapproche des cercles romantiques et de Chopin. Il est subjugué par Paganini et ne cessera de vouloir mettre son piano au diapason de la virtuosité de ce grand violoncelliste. Il vogue de récital en récital et excelle. Liszt sera toute sa vie traversé d’une ambivalence mystico-charnelle, entre Dieu et son amour des femmes son cœur tanguera toujours. Il sera pris de plusieurs crises mystiques et souvent dévié de cette trajectoire par ses sens. Le premier jupon qui l’arrache à sa contemplation sera celui de la comtesse Marie d’Agoult qui évacue son mariage, créant le scandale, et lui donne trois enfants dont, Cosima qui sera plus tard l’épouse de Wagner. Mais Liszt aime trop les femmes, au fil du temps leur amour s’étiole et ils finissent par prendre congé l’un de l’autre en 1844. Liszt s’engouffre dans une nouvelle tournée qui le sacre. Il sillonne l’Europe de fond en comble, courant les grands chemins pour déployer son art. Liszt est un passionné qui stimule autant son esprit que son talent : «Mon esprit et mes doigts travaillent comme deux damnés, Homère, la Bible, Platon, Hugo, Beethoven, Lamartine, Bach… Tous sont à l’entour de moi, je les étudie, les médite, les dévore avec fureur. » Le très charismatique Franz déchaîne les passions, les foules s’amassent pour contempler le génie de ses mains qui électrisent les pianos. Sa popularité est colossale, la presse le déguste, certains implorent de pouvoir baiser le bout de ses doigts, d’autres transvasent le fond de ses tasses de thé dans des flacons. Il faut dire que Liszt est une bête de scène. Il s’offre autant qu’il offre. Il peut improviser et jouer sans partition. En 1847, nouvelle muse, la princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein, et nouveau tournant dans la carrière de Liszt. Alors au firmament, il décide de s’installer à Weimar en tant que maître de chapelle. C’est le temps de la composition et de ses poèmes symphoniques. Sous son impulsion Weimar vibrionne et devient un grand foyer musical, mais les idées nouvelles de Liszt froissent les conservateurs et il finit par démissionner en 1858. Carolyne et Liszt se séparent et Franz migre à Rome et entre dans les ordres mineurs franciscains. Son œuvre se tournera dès lors plus vers des créations religieuses. Il crapahute désormais entre Rome, Weimar et Budapest où il consacre une large partie de son temps à l’enseignement. Avec humour, il décrit ses élèves dans son livre de classe : «Marie Demellyer : Méthode vicieuse (si méthode il y a)… » «Jenny Gambini : Beaux yeux ! »… Toute sa vie sa nature passionnée et généreuse se mettra au service de la musique et du talent des autres. Il fera toujours tout pour promouvoir ceux qu’il admire comme Wagner. Il enseignera parfois gratuitement privilégiant le langage de l’âme et non la technique du jeu. Il s’éteint à Bayreuth le 31 juillet 1886 des suites d’une pneumonie. Liszt qui avait dit : « Ma seule ambition de musicien était et serait de lancer mon javelot dans les espaces indéfinis de l’avenir », peut se targuer d’avoir visé juste.