Belle comme Vénus

« Non, ce n’est pas l’effet des incantations : le visage de ma bien-aimée, ses bras délicats et sa blonde chevelure, voilà les sorts que j’ai reçus » écrivait le poète romain Tibulle il y a plus de 2.000 ans. Rome célébra la beauté, qui exigeait alors la blancheur de la peau, la symétrie d’un visage, la jeunesse d’un corps, l’arrondi du ventre, la petitesse de la poitrine et la générosité des hanches. Et nombre de femmes des milieux aisés tentaient de se rapprocher de cet idéal, recourant à mille artifices pour ressembler à Vénus.

Les femmes de la Rome antique soignaient leur apparence physique avec d’autant plus d’attention qu’une croyance populaire associait la beauté physique aux qualités intérieures. L’extérieur était alors considéré comme le miroir d’un beau tempérament, de dons intellectuels et de qualités morales. Ainsi les femmes nanties coiffaient leurs cheveux en fonction des modes que lançait la famille impériale. Avec l’aide de leurs esclaves, elles pouvaient tantôt les tresser en nattes, tantôt les friser sur le devant et les attacher en chignon sur l’arrière, tantôt les surmonter de postiches sophistiqués, tout en hauteur ou en bouclettes, qu’elles maintenaient sur la tête à l’aide de fils et d’aiguilles, d’épingles à cheveux et… de graisse animale ! Parfois, elles s’ornaient aussi de turbans et couronnes. Elles pouvaient encore décolorer leurs cheveux en blond en usant de noix fraîches ou de safran, ou les teindre quand elles étaient plus âgées au moyen de cendres de lombrics mélangées à de l’huile. Des changements de couleurs qui n’étaient pas sans risque. C’est Ovide qui écrivait à son amie : « Je te le disais bien, cesse de te teindre les cheveux, voici désormais que tu n’en as plus. ».

Si les privilégiées de la Rome antique prenaient grand soin de leur chevelure, elles cherchaient par ailleurs à éliminer le moindre poil de leurs bras, jambes et aisselles. Pour ce faire, leurs domestiques maniaient pincettes, pinces à épiler, rasoirs, pierres ponces, résine, cire d’abeille et lampe à huile. Celle-ci permettait de brûler les poils, une opération délicate qui nécessitait l’emploi d’une éponge imbibée d’eau pour éviter les brûlures. Les belles Romaines maquillaient encore leurs yeux et, pour agrandir leur regard, elles noircissaient le contour de l’œil et les sourcils. Celles qui en avaient les moyens utilisaient du khôl, les autres la suie des lampes à huile. Elles blanchissaient leur peau en appliquant un produit à base de craie et de plâtre. Elles veillaient à avoir les dents blanches et les soignaient en les frottant avec des poudres diverses et des cure-dents en os ou en argent – la brosse à dents étant alors inconnue. Si nécessaire, elles portaient un dentier. Mais cette dernière solution, très coûteuse, était réservée aux femmes nanties. Toutes les autres suivaient sans doute les conseils que l’on trouve dans les textes antiques et qui recommandaient de ne pas trop rire la bouche ouverte et de sucer des feuilles de laurier et de la cannelle pour masquer la mauvaise haleine que le manque de nourriture pouvait causer.

Du sport pour… entretenir les rondeurs

Elles veillaient aussi à garder la forme physique. Le corps se devait d’être sain avec de légers arrondis. Un petit ventre était apprécié, préféré à la maigreur synonyme de fragilité comme à la grosseur signe d’un manque de maîtrise de soi. Les belles Romaines se devaient d’être en bonne santé – rien de tel pour avoir des enfants – et pratiquaient des activités sportives, jouaient à la balle en n’ayant pas oublié de bander leur poitrine afin qu’elle reste ferme. L’antiquité l’aimait galbée et petite : la bande de tissus dont les femmes entouraient leurs seins servait aussi bien à les soutenir qu’à compresser les poitrines trop généreuses. Parfums, bijoux et tuniques élégantes parachevaient l’allure. Mais quels qu’ils soient, tous ces artifices devaient être utilisés avec modération car comme le soulignent maints philosophes, la beauté est d’autant plus appréciable qu’elle est naturelle.

C’est tout cela qu’on apprend au Musée gallo-romain de Tongres. Quelque 250 objets, petits pour la plupart, des statuettes de déesse, des peignes, miroirs, flacons de parfums, bijoux en or, accessoires d’épilation, poupées, récipients… ainsi que des vidéos didactiques, racontent les soins que les femmes du monde antique pratiquaient pour ressembler à Vénus. Même si on regrette l’absence de mise en perspective de ces préoccupations avec le statut de la femme romaine soumise au diktat masculin, le propos est documenté, permettant aux visiteurs d’entrer dans l’intimité des femmes de l’Antiquité. Mais aussi développée et intéressante que soit cette approche historique, le musée de Tongres ne s’en est pas contenté. Avec “Timeless beauty ”, il va plus loin car l’exposition ne raconte pas seulement le monde antique mais rend également un hommage au photographe Marc Lagrange disparu tragiquement en 2015. Une cinquantaine de clichés en sépia réalisés par celui qui est considérée comme le Helmut Newton belge accueillent les visiteurs. La juxtaposition de clichés de belles dénudées et des statues antiques ou de bijoux anciens pourra surprendre certains visiteurs, en particulier les parents habitués à visiter le musée avec leurs enfants. Mais elle ne devrait pas les dissuader de voir une exposition consacrée à l’éternel hommage de l’homme à la beauté féminine et ce d’autant moins qu’à la fin de l’exposition, dix femmes prennent la parole sur une vidéo pour détailler leur conception de la beauté.

Jusqu’au 30 juin au Musée gallo-romain, Kielenstraat 15 Tongres. Tél. 012-67.03.30. ww.galloromeinsmuseum.be/expositions_temporaires/timeless-beauty/