La Turquie a utilisé ses imams pour espionner les partisans de Gülen en Belgique

La Turquie a bien utilisé ses imams, mosquées et « conseillers aux affaires religieuses » basés dans les ambassades et consulats turcs pour surveiller les partisans gülenistes installés en Europe de l’Ouest et ailleurs. Cette surveillance clandestine entamée fin septembre a touché 38 pays dont une bonne moitié des pays de l’Union européenne. Le conseiller religieux de l’ambassade turque de Bruxelles a produit le rapport le plus étoffé de tous.

L’ensemble de ces rapports et les documents qui les accompagnent sont parvenus au « Soir » via le réseau de journalistes European Investigative Collaborations (EIC). Dans certains pays, ces rapports dépassent la simple collecte d’informations en sources ouvertes – déjà assimilable à de l’espionnage et à une « ingérence » que la Belgique ne tolère généralement pas – pour rendre compte de purges de mosquées, d’écoles et de missions diplomatique, et faire état de la mise en place d’actions concrètes contre l’opposition güleniste.

Une surveillance déjà révélée

Cette surveillance ne surprendra pas la diaspora turque d’Europe : dès décembre, le quotidien turc Hürriyet avait révélé la teneur d’un briefing donné par le Directorat des affaires religieuses (Dyanet) à la commission parlementaire turque chargée d’enquêter sur le « coup d’Etat manqué » du 15 juillet. Elle disait avoir collecté du renseignement et préparé une cinquantaine de rapports sur les activités gülenistes dans 38 pays, dont la Belgique, les Pays-bas, l’Allemagne en ses différents landers, la Grande-Bretagne, la Suède, la Finlande et la Norvège, le Danemark, la Suisse, l’Italie, la Pologne, la Roumanie et la Bulgarie, l’Estonie et la Lituanie. La liste publiée par Hürryet concorde précisément avec la variété de documents en possession du Soir.

Le rapport belge

Le rapport belge comporte huit pages, est rédigé à l’entête de la « République Turque – Ambassade de Bruxelles – Conseiller aux affaires religieuses », et il désigne explicitement le mouvement güleniste comme une « organisation terroriste ».

Après une introduction où il affirme que le mouvement s’est rapidement établi en Belgique depuis 1990, il épingle la coupole associative Fedactio et les quelques soixante associations qu’elle regroupe, avant de passer en revue les associations commerciales et industrielles, les associations de femmes, les associations de jeunes, les associations culturelles et artistiques, les centres communautaires, les écoles, les associations étudiantes, les médias et, in fine, l’un des éléments qui semble inquiéter le conseiller Sahin, l’existence d’une « chaire Gülen pour les études interculturelles » établie au sein de la faculté de sciences sociales de l’université de Leuven (KUL).