La Région bruxelloise veut faire une place aux entreprises artisanales et semi-industrielles

Comment faire coexister activité (semi-)industrielle et bien-être en ville ? La question vaut son pesant de colloques depuis des décennies. En Région bruxelloise, en proie à la désindustrialisation, un taux de chômage de plus de 17 % et un boom démographique, la thématique est devenue existentielle. Tout le monde veut une ville plus prospère et des emplois locaux mais personne ne veut des nuisances d’une activité productive dans son quartier. Pourtant, il apparaît de plus en plus qu’une « smart city » est aussi une « making city », capable de préserver et intégrer une activité manufacturière.

Il ne faut pas croire que le réflexe « nimby » se limite à la grosse usine polluante. « Nous sommes confrontés à un véritable enjeu de mixité entre l’industrie, le commerce, l’artisanat et le logement. Face à la pression résidentielle, les petites entreprises dans l’artisanat ou le compagnonnage deviennent une fonction faible, » observe le ministre bruxellois de l’économie Didier Gosuin. Face à une telle pression, il n’est pas rare que des entrepreneurs, petits ou grands, décident de délocaliser vers une Flandre ou une Wallonie offrant plus d’espace. « Pour parler d’une commune que je connais bien, Auderghem, on a vu des garagistes ou un atelier de menuiserie partir parce que les problèmes de bruit ou de trafic devenaient ingérables. »

Pour faciliter une certaine coexistence, citydev.brussels, l’organisme de développement urbain sur lequel Didier Gosuin a la tutelle, annonce un investissement de quelque 3 millions d’euros dans un premier parc bruxellois dédié à des très petites entreprises (TPE) artisanales ou semi-industrielles. Ce parc sur plus de 5.000 m² jouxtera l’actuel parc pour PME Newton, délimité par la rue Henri-Joseph Genesse et le boulevard Paepsem, à Anderlecht. Il pourra dans un premier temps accueillir 16 entreprises, leur proposant un espace « brut » avoisinant les 150m² aménageables à leur guise. Début du chantier attendu mi-2018, pour une inauguration en 2019.

« On voit des garagistes ou des menuisiers partir parce que les problèmes de bruit ou de trafic deviennent ingérables » Didier Gosuin

« De nombreuses TPE éprouvent des difficultés à relocaliser leurs activités à Bruxelles en raison de nuisances sonores, olfactives et du charroi qu’elles produisent. Dans ce contexte, le site Newton est idéalement situé : il se trouve en dehors des zones d’habitat et à proximité des grands axes. Les environs immédiats comptent de nombreuses entreprises, avec lesquelles les TPE auront l’opportunité de créer des synergies, » anticipe Benjamin Cadranel, l’administrateur général de citydev. Le prix devrait être attractif, autour de 50 euros du m². L’objectif est de concentrer dans un tel parc au moins 50 emplois à l’hectare.

Après l’inauguration du parc Greenbiz pour start-up dans l’économie circulaire et puis prochainement du parc Magellan à Neder-Over-Hembeek ou de CityLine sur le site du CERIA à Anderlecht, citydev souligne le développement rapide d’une offre immobilière importante pour des TPE et PME. L’organisme public estime ainsi pallier un manque de petites surfaces, sur un marché qui, d’après lui, intéresse très peu les promoteurs privés.

« On sent par ailleurs un certain retour vers les métiers manuels, un nouvel intérêt pour les métiers de l’artisanat, souvent dans une logique de revalorisation des déchets. Nous voulons proposer des solutions en aval pour relocaliser des emplois. Si on veut pousser le concept de réparabilité, il doit par exemple être possible de trouver un atelier de réparation à Bruxelles. »