Rixensart: «Buen vivir» à la Ferme de Froidmont

Quelle est la différence entre la pratique de la culture en transition développée à la Ferme de Froidmont, à Rixensart, et le « buen vivir » maya du Guatemala ? Aucune car, dans les deux cas, c’est le respect de la terre qui est privilégié.

C’est le message que l’association Entraide et Fraternité tente de faire passer dans le grand public à l’occasion de la campagne du carême. Avec pour thème « Quarante jours pour changer » nos habitudes.

Au départ des Dominicains en 2010, la Ferme de Froidmont s’est lancée dans l’insertion socioprofessionnelle d’adultes et situation précaire. Outre un restaurant, elle a lancé un archipel de potagers urbains sur un total de trois hectares, grâce à des commodats par lesquels des propriétaires mettent gratuitement à disposition des terrains disséminés, notamment à la Mare aux loups.

Ces potagers sont ainsi devenus des lieux de mixité où stagiaires et résidents de la Ferme de Froidmont, ainsi que les citoyens qui le désirent peuvent apprendre et échanger des savoir-faire liés aux techniques respectueuses de la terre.

L’association veut ainsi participer à l’autonomie alimentaire locale, notamment au travers d’un marché bio qui se tient tous les mercredis, de 14 h à 19 h, et vendredis de 16 h à 19 h. Et les produits cultivés servent également au restaurant. Du potager à l’assiette donc !

Voilà qui interpelle Lidia Amparo Santos, une Guatémaltèque de 64 ans, responsable au sein de l’organisation non gouvernementale Serjus, une association qui défend les droits des agriculteurs et des paysans dans la région montagneuse du Totinicapán, dans l’ouest de son pays.

Avec la Ferme de Froidmont, elle voit des similitudes avec la tradition maya du « buen vivir » (bien vivre) : « Chez nous, on considère la terre comme une “mère” qu’il faut traiter avec respect. Les gens l’ont oublié mais, face aux multinationales qui s’approprient les bonnes terres, ainsi que l’eau, et qui privilégient les monocultures, nous aidons les indigènes, qui représentent 60 % des 16 millions d’habitants et qui sont repoussés vers les montagnes, à redécouvrir les pratiques ancestrales. On y bannit les produits chimiques, afin de respecter la biodiversité avec un mélange de différentes plantes sur une même parcelle. On pratique aussi les échanges de semences afin de trouver celles qui donnent le meilleur rendement sur des terres plus pauvres. »

Autant de pratiques qui sont également de mise à la ferme de Froidmont. Pour Thierry de Stexhe, le directeur, « on constate bien que l’alimentation reste le point de départ du changement. Ici, comme ailleurs, il importe de recommencer à cultiver nos produits de manière durable. C’est possible au travers d’initiatives locales, même si cela reste compliqué à cause des grands groupes qui leur font de la concurrence. Mais ici comme ailleurs, c’est offrir la possibilité de former des personnes en difficulté, en créant du lien et en les réinsérant socialement. La mixité sociale leur permet, en effet, de relativiser leur situation propre et de progresser dans une ambiance inclusive. »

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