Voyage en avion: payer sa consommation de CO2 en euros, une idée qui fait du chemin

Elle est venue, la saison des voyages. Mais on le sait : prendre l’avion émet une grande quantité de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique. Et voyager en avion sur de courtes distances ou avec des escales est encore plus contestable sur le plan environnemental : le décollage et l’atterrissage sont particulièrement gourmands en carburant. S’il est souvent difficile de faire un long voyage autrement qu’en avion, pour un city trip les choses sont différentes. Des alternatives existent et elles méritent d’être privilégiées : voyager moins souvent pour plus longtemps, emprunter le train, l’autocar, la voiture partagée…

Si l’avion s’impose néanmoins, on peut en adoucir les effets délétères sur l’environnement. Le voyageur peut atténuer son impact en matière de réchauffement en compensant ses émissions. L’idée est simple : un programme calcule les émissions de chaque passager sur le trajet choisi. Il convertit les kilos de CO2 en euros. Et propose au voyageur de verser cette somme à des programmes qui contribuant à atténuer d’autres émissions de gaz à effet de serre ; à l’étranger ou en Belgique.

« Ça va prendre du temps »

Un exemple : deux allers-retours Bruxelles-New-York émettent autant que les émissions annuelles moyennes d’une voiture qui parcourt 15.000 kilomètres : entre 2.300 et 2.700 kilos de CO2. A titre de comparaison, pour parvenir à limiter la hausse de la température mondiale à 2ºC (l’engagement de l’accord de Paris), chaque Belge moyen ne devrait émettre que 2.300 kilos de CO2. Nous sommes pour l’instant largement au-dessus. Un Africain émet en moyenne 500 kilos de CO2 par an…

Principal acteur sur le terrain de la compensation carbone, la société CO2Logic reconnaît que jusqu’à présent l’idée n’est « pas rentrée dans les mœurs » alors qu’elle existe depuis près d’une dizaine d’années. Chez nous, la compensation des émissions des avions ne décolle pas, c’est clair. « Contrairement aux Pays-Bas, explique Antoine Geerinckx, le patron de la petite entreprise, où notre équivalent néerlandais enregistre chaque année environ 100.000 voyages compensés. Il est vrai qu’il travaille en partenariat avec des agences de voyages  ». En Belgique, rares sont les agences qui proposent ce service. La concurrence se joue sur les prix, pas sur l’éthique.

Mais Geerinckx est optimiste : « Le public est beaucoup plus conscient qu’il y a dix ans. Et le surcoût sur un billet d’avion est assez minime, généralement moins de 5 % du prix du billet. A titre d’exemple, compenser les émissions d’un aller-retour vers Marrakech représenterait 8 à 10 euros. Il y a peu, l’université américaine de Stanford a évalué le coût pour l’environnement d’une tonne de CO2 émise. Les chercheurs sont arrivés à 220 dollars ». Mais c’est vrai, ajoute Geerinckx, « ça va prendre du temps ».

« Gold Standard »

Les entreprises qui sont entrées dans une démarche de compensation globale de leurs émissions débouchant sur l’octroi du label « CO2 neutral » validé par Vinçotte compensent le poids carbone des voyages aériens de leurs employés, indique-t-il. Certaines administrations compensent également les voyages de leurs fonctionnaires.

Le système de compensation a une vertu pédagogique, mais il sert également à financer des projets permettant réellement de réduire les émissions de CO2. Au Kenya, au Bénin ou en Ouganda, il s’agit souvent de projets visant à fournir des villages de pays en développement de « foyers améliorés » où les villageois cuisent les aliments en émettant moins de particules fines et de CO2. Ces projets labellisés « Gold Standard », une certification reconnue internationalement et validée par des ONG environnementales, comprennent aussi un volet de reforestation. Au Bénin, le projet Teg Stove comprend également un volet de production d’énergie verte via un « kiosque intelligent » où les habitants peuvent recharger leur lampe LED ou leur GSM.

Si le voyageur ne veut pas compenser ses émissions dans un projet à l’étranger, il lui est loisible de soutenir des projets de la fondation Be Planet ou de l’association Good Planet.