Commission des droits des femmes de l’ONU: la Belgique ne s’est pas opposée à l’élection de l’Arabie saoudite

Attention, sujet sensible. L’Arabie saoudite a été élue en début de semaine à la Commission des droits des femmes de l’ONU. Une élection très critiquée. « C’est comme désigner un pyromane chef des pompiers de la ville », avait commenté Hillel Neuer, directeur exécutif de l’organisation UN Watch.

Le Conseil a élu au scrutin secret 13 membres pour une durée de quatre ans. L’Arabie saoudite a donc obtenu le feu vert de 47 des 54 États membres du Conseil économique et social des Nations unies, dont fait partie la Belgique. Et c’est là que l’affaire devient gênante.

La question est légitime : la Belgique a-t-elle, oui ou non, voté en faveur de cette accession de l’État wahhabite à la Commission de l’ONU ? Selon Hillel Neuer, cinq États européens ont voté en ce sens.

La question a été posée par Wouter De Vriendt au ministre des Affaires étrangères, ce mercredi en commission du Parlement. La réponse de Didier Reynders ne lève pas tout le voile sur la question, seulement en partie. Il ressort de la réponse de Didier Reynders (lire ici le compte-rendu provisoire de la Commission, p.31 du PDF) que « la Belgique ne s’est pas opposée à cette élection », comme le résume un autre député écologiste présent en Commission, Benoit Hellings. Toutefois, on ne peut pas affirmer avec certitude que la Belgique a voté « oui ».

 Premier commentaire de Didier Reynders : les votes secrets ont vocation à le rester. « Le secret du vote n’a plus de sens si on doit expliquer après à ses amis et ennemis comment on a voté, et cela ne fait qu’apporter un élément de tension supplémentaire et inutile au sein de l’ONU », explique le ministre.

  Secundo  : le vote (secret) a pris les diplomates par surprise. Il ressort des explications du ministre que le vote à New York n’était pas initialement prévu et que les diplomates du royaume n’ont pas pu en référer au gouvernement. « Je peux vous confirmer que je n’étais pas au courant qu’un vote allait intervenir », affirme Didier Reynders.

 Didier Reynders sous-entend bien que sa délégation diplomatique aurait voté « oui », suivant en cela la procédure habituelle suivie dans ce cas de figure. Il y avait autant de candidats à l’intégration de la Commission des droits des femmes de l’ONU que de places à pourvoir. Pour Els Van Hoof (CD&V), les États-Unis ont provoqué un vote de manière inattendue. « Je peux cependant vous dire ceci : la Belgique ne se réjouit aucunement de l’élection de l’Arabie saoudite au sein de cette commission mais doit bien constater qu’elle était la seule candidate de son groupe à cette place », se défend Didier Reynders.

 La conviction du ministre est qu’il vaut mieux discuter des sujets, même ceux qui fâchent, au sein des organismes multilatéraux comme l’ONU. Il a défendu ce mercredi cette position devant les députés fédéraux : « L’ONU en général et la commission pour le statut de la femme en particulier existent précisément pour être des lieux de débat, ce qui implique qu’on peut se retrouver de temps à autre face à des pays avec lesquels nous sommes profondément en désaccord. »

Sur Le Soir+ : pourquoi la réponse de Didier Reynders ne satisfait pas les députés