Arabie saoudite et droit des femmes à l’ONU: Charles Michel regrette le «oui» belge

Le gouvernement, par la voix de Charles Michel, a regretté ce jeudi à la Chambre le vote de la Belgique, en début de semaine, pour l’entrée de l’Arabie saoudite dans la Commission du droit des femmes de l’ONU.

L’Arabie saoudite a obtenu le feu vert de 47 des 54 États membres du Conseil économique et social des Nations unies, dont fait partie la Belgique.

Hier, en commission des Affaires étrangères du Parlement, Didier Reynders n’a pas indiqué clairement si la Belgique avait voté « pour » l’élection de l’Arabie saoudite (et 12 autres Etats) mais l’a fortement sous-entendu, tout en précisant qu’il n’avait pas été tenu au courant et que la décision est intervenue en urgence de la part des diplomates à New York.

Le sujet a mis le feu aux questions au gouvernement, à la Chambre ce jeudi. Pas moins de 11 interventions étaient prévues sur le sujet. L’opposition a critiqué la position belge et demandé des éclaircissements à Charles Michel.

Le Premier ministre a confirmé que les diplomates avaient voté « oui » : « La plupart du temps, cela se passe sans besoin de voter. Il est très courant, au sein de l’ONU, que la désignation de pays au sein des organismes se passe sans vote lorsqu’il y a autant que candidats que de postes à pourvoir. S’agissant de cette élection, provoquée de manière inhabituelle par les États-Unis : nous avons été informés en urgence de ce vote, nous n’avons eu que quelques heures pour y répondre. Je regrette ce vote. Si c’était à refaire, le gouvernement aurait plaidé pour qu’il n’y ait pas le soutien (à l’Arabie saoudite), il n’y a aucune ambiguïté là-dessus. J’ai donné des instructions afin qu’à l’avenir l’appréciation politique de ce type de dossier ait lieu au plus haut niveau. Il faut redoubler d’efforts pour promouvoir le droit des femmes. »

« C’est un scandale ! »

Si les regrets du Premier ministre ont été bien accueillis, y compris par l’opposition, d’autres pointent un potentiel « mensonge » du ministre des Affaires étrangères, la veille en commission. Gwenaëlle Grovonius, pour le PS, se déclare « pas fière de [s]a Belgique ». « Se pose la question de la démission éventuelle de Didier Reynders, qui nous a menti hier en commission en nous disant qu’il n’était pas au courant du vote. C’est un scandale ! »

Pour le président de Défi, Olivier Maingain, la responsabilité de M. Reynders est également engagée. «  Ou son cabinet n’est pas capable de s’organiser pour lui rapporter une information importante et c’est un manquement grave et un dysfonctionnement au sommet de l’Etat, ou il a reçu l’information et n’y a pas prêté attention ou il a laissé faire », a-t-il estimé. «  Je ne sais pas s’il faudra une nouvelle commission d’enquête », a-t-il ironisé, mais «  il est temps de clarifier, on ne peut pas se contenter de regrets, il y a un temps pour les responsabilités », a ajouté le député amarante.

La cheffe de groupe CDH, Catherine Fonck, a qualifié d’« inaudibles » les explications du ministre Reynders.

Raoul Hedebouw (PTB) a ironisé pour sa part sur « le rôle de lampiste qui ne manquera pas d’être étalé sur la place publique. On attend le nom du diplomate qui n’a pas bien travaillé. C’est toujours comme ça, avec ce gouvernement ! »