Un geste condamnable et inqualifiable: un castor crucifié à Breuvanne

Voilà des décennies, on clouait les chouettes aux portes des granges par méconnaissance de l’animal et par superstition débile. Mais ces gestes barbares et cruels peuvent malheureusement rester d’actualité. A Breuvanne, un castor, espèce protégée de surcroît, a été attrapé, tué et crucifié sur le portique d’entrée d’une propriété privée, ce mercredi. Un geste innommable qui mérite évidemment des suites judiciaires.

Cela fait quelques années que le retour du castor dans nos rivières provoque des tensions entre les pour et les contre. Mais ici, on a dépassé les bornes. A Breuvanne, ces animaux pensaient avoir trouvé de la quiétude sur les ruisseaux Breuvanne et Civanne. Deux couples se sont installés voilà des années sur le premier ruisseau, et un autre sur la Civanne. Il y en a aussi dans la Semois, mais l’eau est suffisamment haute toute l’année pour ne pas construire de barrages. Car ce sont ceux-ci qui provoquent des désagréments potentiels aux riverains. Et dans le cas présent, des divergences de vue entre le propriétaire en question, Natagora, la division Nature et Forêt d’une part, et le Service technique provincial (STP) qui gère le bon écoulement des eaux mais également les pêcheurs locaux pour lesquels le castor semble être l’ennemi n°1 de leur pitance !

Ces deux dernières années, le STP a demandé de nombreuses dérogations pour pouvoir détruire les barrages. Le Conseil supérieur de la Nature ne les a pas toutes accordées, car certains barrages sont situés en zone strictement agricole et non habitée, et même en réserve naturelle. Mais pêcheurs et STP ont bien du mal à comprendre cela…

Il y a eu des négociations, parfois des destructions non autorisées en terrain privé. Et cela crée inévitablement des frictions, voire plus. Mais cela ne peut expliquer un geste aussi moyenâgeux. « Cela ne rime à rien de détruire les barrages, estiment des scientifiques de terrain. Les barrages sont reconstruits dans les jours qui suivent. Nous savons que le castor peut être source de problèmes en certains endroits habités mais pas partout. Beaucoup de personnes ont une méconnaissance de la vie du castor. Il y a moyen de cohabiter avec lui dans 90 % des cas, de minimiser les dégâts. Il faut une réflexion, agir en prévention. Des solutions existent. Certains pêcheurs pensent même que le castor détruit les poissons, alors qu’ils créent pour lui, et les poissons, des passages, des échelles naturelles pour leur remontée. Mais il y a des esprits obtus pour qui toute conciliation est impossible.  »

Pour la cohabitation

Thérèse Mahy, députée provinciale responsable du STP, veut trouver des solutions. Elle a initié une table ronde sur le sujet, la semaine dernière, avec tous les acteurs. « Il y a une progression de cet animal partout dans la province. Le travail du STP est légal, via des demandes de dérogations. Les avis sont parfois longs et cela devrait évoluer dès le 1er juillet. Mais il faut aussi préserver le castor, même si c’est une situation difficile. Mais on ne peut cautionner un tel acte ! »