Poux: soignons les pouilleux!

Cauchemar des parents, des instits et des coiffeurs, les poux continuent à nous pourrir la vie. Comment s’en débarrasser ? C’est ce que nous avons demandé au Pr Dominique Tennstedt, dermatologue (UCL), qui insiste sur un point : avant de s’engager dans la chasse aux poux, il est nécessaire d’être sûr du diagnostic. Et pour cela, il convient de vérifier si, sur la tête suspecte, se prélassent bien des poux et/ou des lentes qui sont les cocons des premiers. Certaines personnes les confondent en effet avec des pellicules. On commence donc par regarder derrière les oreilles et dans la nuque (où il peut y avoir de petites croûtes, à force d’avoir gratté), deux endroits qu’affectionnent particulièrement ces parasites attirés par la nourriture, la chaleur, l’humidité et le doux abri qu’offre le cuir chevelu. La bonne nouvelle : les poux de tête ne sont pas dangereux, ne sont pas un signe de malpropreté et ne transmettent pas d’autres agents de maladie. Tout au plus peuvent-ils donner de l’impétigo si l’on gratte fort là où ils ont piqué.

Une vie de pou

Longs d’environ 2 à 4 mm, non ailés et pourvus de six pattes, les poux sont des insectes hématophages, c’est-à-dire qu’ils se nourrissent de sang (à l’instar des moustiques) toutes les trois à six heures et en échange, ils injectent leur salive. C’est celle-ci qui nous donne des démangeaisons. Certaines personnes infestées ne ressentent cependant jamais ces démangeaisons, ce qui peut retarder la découverte de l’infestation. « Il peut arriver qu’une tête présente ainsi des milliers de poux, au point même que l’on voie les cheveux bouger ! », assure le dermatologue. Contrairement à une idée reçue, les lentes ne sont pas des “bébés poux” : il s’agit simplement des coquilles des œufs que le pou femelle adulte a pondus et qui collent aux cheveux. À l’intérieur de la lente se trouve d’abord l’œuf qui éclôt après une dizaine de jours, libérant une nymphe qui à son tour deviendra un pou adulte. Une fois vides, les lentes restent sur le cuir chevelu mais ne sont plus une source de réinfestation possible. En revanche, le futur pou libéré, lui, est bel et bien actif, quelque part sur la tête… « Il y a un truc pour reconnaître à quel type de lente on a affaire. Si elle se trouve à moins d’un centimètre du cuir chevelu, cela signifie que la lente est pleine, donc vivante, précise le Pr Tennstedt. Si elle est accrochée à plus de deux centimètres du cuir chevelu, la lente est vide et donc morte… »

Balade capillaire

S’il n’y a pas à proprement parler de “têtes à poux”, on peut cependant dire qu’il y a des cheveux à poux : les cheveux fins sont les plus contaminables. Les poux, qui ne volent pas et ne sautent pas, se propagent essentiellement lors d’un contact humain de tête à tête ou via l’emprunt d’un peigne ou d’une brosse à cheveux. On peut les voir avancer assez vite : leur vitesse de croisière est en effet de 23 cm/minute. « La période qui suit la photo de classe est typique, sourit le Pr Tennstedt. Les instituteurs ont utilisé le même peigne pour recoiffer tous les enfants… » En revanche, les poux ne se transportent pas via les poils des animaux et des études australiennes ont mis en évidence le fait que les fomites (ce sont les vecteurs passifs de transmission d’une maladie, dans ce cas-ci ce seraient les taies d’oreiller ou les bonnets) ne présenteraient qu’un risque faible de propagation.

À l’action !

L’épouillage des têtes est une corvée totalement indispensable ! Ne pas le faire est un comportement peu responsable, non seulement vis-à-vis de l’enfant concerné, mais aussi à l’égard de son entourage. Dans la cour de récréation, lors d’un goûter d’anniversaire, d’un dimanche chez les louveteaux ou tout simplement à la maison, les poux manquent rarement une occasion de changer de domicile. Les traitements pour les exterminer sont nombreux, mais pas toujours efficaces. Le traitement idéal consiste à se raser la tête, suivi de près par la coupe courte. Dans les deux cas, il semblerait que les mères des petites filles y soient farouchement opposées. Celles des petits garçons se donnent le temps d’y réfléchir, pour arriver le plus souvent à la même conclusion : c’est non. Cela dit, même courts, les cheveux traités au préalable à l’aide d’un produit spécifique devront passer par l’épouillage mécanique en bonne et due forme, à l’aide d’un peigne spécifique en acier (Nisska, en vente en pharmacie). « Pour décrocher les lentes, il convient d’abord de tamponner le cuir chevelu avec un mélange 1/2 eau-1/2 vinaigre d’alcool car celui-ci dissout la matière collante qui tient la lente au cheveu, explique le Pr Tennstedt. Ensuite, il faut procéder mèche par mèche, en rinçant au fur et à mesure (éventuellement dans de l’eau vinaigrée) le peigne sur lequel apparaissent les lentes et les poux décrochés. »

●  Avant de s’atteler à ce premier épouillage, il convient de traiter la tête infestée de poux avec un produit "spécial poux". Le plus efficace à l’heure actuelle reste le Malathion, telle que la lotion Prioderm. « On étend un cinquième de la bouteille sur la tête et on laisse agir pendant une nuit. Le lendemain matin, on fait un shampooing. Ce traitement est à renouveler après sept jours, nous explique le Pr Tennstedt. Il faut faire attention car il est inflammable ! On s’abstient donc de fumer en s’occupant de son enfant. »

●  Le deuxième produit conseillé « un peu moins toxique que le produit précédent mais aussi un peu moins efficace », remarque le dermatologue, est la crème-lotion Perméthrine. Il faut également renouveler l’opération sept jours plus tard. En revanche, se contenter d’un shampooing à base de Perméthrine ne sert à rien puisqu’on rince les cheveux après.

●  Un autre produit, très à la mode et qui marche très bien selon le médecin, est l’ivermectine (commercialisé sous le nom de Stromectol, des laboratoires Merck). « Il s’agit d’un traitement oral que l’on peut administrer aux enfants au-dessus de deux ans et qui présente très peu d’effets secondaires. Non vendu en Belgique, on peut cependant se le procurer en France. »

●  « Parmi les traitements les moins efficaces figurent les lotions à base de silicone dont on dit qu’elles entourent les cheveux pour asphyxier les lentes, de même que les produits bio ou à base d’huiles essentielles », estime le Pr Tennstedt, pour le moins dubitatif.