Les filles de l’Alhambra sous contrôle

Voici le nouveau plan du bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Yvan Mayeur (PS), pour chasser la prostitution du quartier Alhambra, entre Yser et De Brouckère. Le nouveau règlement de police qui a été adopté ce lundi par le conseil communal prévoit la mise en place de sanctions administratives pour les clients des prostituées ou les voitures qui rouleraient trop lentement ainsi que des peines de police pour les filles racolant sur la voie publique.

C’est la troisième mouture du règlement contre la prostitution que le bourgmestre tente de faire passer. Les deux premiers ont été annulés par le Conseil d’Etat. Dans l’avant-dernière version adoptée en juin 2016, le bourgmestre avait opté pour la création de sanctions administratives communales (SAC) contre les filles faisant le trottoir. Espace P et d’autres associations représentant les travailleurs du sexe avaient déposé un recours auprès du Conseil d’Etat, argumentant que la commune n’avait pas l’autorité nécessaire dans ce domaine, la prostitution relevant de la compétence du parquet. Le Conseil d’Etat leur avait alors donné raison.

Pour Yvan Mayeur, le choix des SAC permettait de ne pas engorger le parquet et d’être plus efficace contre la prostitution. En effet, depuis plusieurs années, le quartier Alhambra sert de lieu de rencontre entre les prostituées et leurs clients mais aussi avec les dealers ou quelques souteneurs. Des nuisances devenant de plus en plus difficiles à supporter pour les riverains dans ce quartier qui se « gentrifie » à vue d’œil. D’ailleurs, les projets de revitalisation ne manquent pas à la Ville. L’échevine de la Cohésion sociale, Ans Persoons (SP.A) a proposé plusieurs activités temporaires pour redonner vie à la rue. De plus, de nouveaux établissements horeca sont venus s’installer et le CPAS a un projet pour l’ancien Tropicana, établissement problématique du quartier.

« Le lobbying des habitants est très fort, explique Fabian Drianne, travailleur social chez Espace P. Seulement, ce ne sont pas les prostituées qui provoquent ces nuisances, ni leurs clients d’ailleurs, mais bien toutes les activités connexes ou encore les curieux un peu éméchés qui viennent voir les filles. Avec ce nouveau règlement, Yvan Mayeur se comporte d’une manière violente, sans concertation, un peu comme un dératiseur qui augmenterait la dose progressivement. »

Concrètement, le texte prévoit des peines de police pour le racolage ainsi que pour une vitesse trop lente en voirie. Les agents communaux pourront toujours dresser des PV, mais le parquet devra décider s’il poursuit ou non. Or, on sait qu’il est débordé. Il n’est donc réellement pas certains qu’il poursuive une infraction de racolage.

« Ce que nous constatons surtout, c’est un renforcement des contrôles depuis quelques mois, explique Fabian Drianne. Les agents ont pour mission de faire peur aux clients. Cela pourrait donc déplacer le problème dans un autre quartier moins visible et donc plus dangereux pour les filles. »

Depuis que les patrouilles se multiplient, les filles ont moins de rentrées financières et acceptent des clients dont elles ne voulaient pas avant. Certaines, de peur de voir un agent débarquer, ont des rapports sans protection pour gagner du temps et mettent ainsi leur vie en danger.

Pour les associations de terrain qui défendent les droits des travailleurs du sexe, la concertation et la solution de se rendre la nuit sur le boulevard Albert II étaient un compromis acceptable pour toutes les parties, « mais il n’y a pas eu de discussion préalable avec les autres communes, ce qui l’a rendue caduque », conclut Espace P.

A présent, les travailleurs vont discuter avec les prostituées pour voir si elles désirent introduire un nouveau recours auprès du Conseil d’Etat.

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