Serge Vilain, patron de l’invest bruxellois, présente les comptes et règle les siens

La société régionale d’investissement de Bruxelles présentait son bilan 2016 mardi. Sous fonds de résultats satisfaisants, l’occasion, aussi, de discuter avec son patron depuis près de trente ans, Serge Vilain, étiqueté PS – « Je suis une tête rouge, je ne vais pas le nier » – des récents scandales qui l’ont éclaboussé et de la réorganisation actuellement en cours de son institution.

Niveau chiffres d’abord, l’invest bruxellois s’en sort bien, clôturant l’exercice en boni (pour la troisième fois consécutive). La Srib a soutenu 138 entreprises de la Région à hauteur de 17,6 millions d’euros, dont 54 via des crédits de crise (plus de 5 millions). Une mission déléguée par le gouvernement un mois après les attentats du 22 mars  : « Nous avons agi rapidement, même si la pratique excède notre métier habituel et jusqu’à présent, une seule société que nous avons aidée dans ce cadre a fait faillite. C’est très peu », se félicite Serge Vilain. Tout n’a pourtant pas été rose dans le portefeuille de l’organisme parastatal récemment. Il y a eu la moins-value réalisée sur sa participation dans Hello Agency (une agence de pub). De 4,6 millions d’euros ! « Une vraie claque. J’espère ne plus jamais m’en prendre, une comme ça. Même si nous savons que notre métier est risqué. Nous avons tenté de sauver l’emploi jusqu’au dernier moment. » La sortie forcée aussi – « et peut-être prématurée, même si l’entreprise se développait récemment fortement à l’étranger » – de sa participation dans Artexis, qui a fait couler de l’encre, mais qui se solde, elle, par une rentrée de 7 millions d’euros dans les caisses.

Et puis, et surtout, le scandale des rémunérations, les débats au parlement, la rationalisation des filiales de l’institution... Dans nos colonnes, nous révélions, en mars dernier, un salaire particulièrement costaud encaissé par les quatre dirigeants de l’invest bruxellois, qui ne guident, in fine, qu’une quarantaine de personnes. Au total, 1,3 million d’euros brut à l’année dont 292.000 pour l’indétrônable Serge Vilain, assorti de 10.000 euros de frais. « Je n’ai plus demandé la moindre augmentation depuis au moins dix ans,  nous rappelle-t-il. Certains font comme si le montant de nos salaires était une surprise. Tout le monde savait  ! Ils sont, par ailleurs, le résultat de très nombreuses années d’ancienneté avec indexation. Et deuxièmement, si nous sommes quatre à diriger, cela découle d’une obligation légale, pas de notre propre chef. » L’homme se dit profondément touché par les accusations car « passionné par son travail de soutien aux très petites entreprises, une particularité qui différencie la Srib des autres invests régionaux propres au tissu bruxellois ». Et qui expliquerait, notamment, le fait, que l’institution prête beaucoup plus qu’elle n’investit.

L’organisme parastatal a également fait l’objet récemment d’une étude – « Ce n’est pas un audit comme tout le monde l’a écrit » – commandée par le ministre de l’Economie, Didier Gossuin (Défi) et motivée par sa volonté de rassembler un « pôle de financement bruxellois ». Qui pointe, entre autres, un organigramme disparate et confus à la Srib. « Chacune de nos filiales a été construite à la demande d’un gouvernement, sauf ExportBru qui est de mon initiative et est une réussite. Si le ministre veut maintenant les consolider, je n’y suis pas du tout opposé, précise encore Serge Vilain. Mais il faut nous éviter des pertes fiscales découlant de ces intégrations, qui feront perdre des millions à la Srib inutilement. Il faut procéder de manière réfléchie, cela prend du temps. »

Nombreux sont les députés bruxellois qui ont plaidé pour un départ de Serge Vilain, âgé de 66 ans, jugé trop « omniprésent ». L’homme n’est pourtant pas décidé à quitter son poste. « Mon mandat court jusqu’en novembre 2020. Je partirai au plus tard à cette date. Mais j’aimerais conduire au mieux la réorganisation d’abord. Sur vingt ans, notre rendement est de 3,4 %, j’ai risqué ma carrière en faisant certains choix, comme celui de vendre notre participation dans Mobistar. Quant à ceux qui ont souhaité que l’on me vire, je réponds qu’il n’y a donc pas eu faute professionnelle et qu’un tel litige se réglerait devant un tribunal de travail et coûterait très cher. » Voilà qui est dit.

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