Cancer: la science fourbit ses armes

D’aucuns se demandent comment l’on peut se féliciter des progrès grandissants de la recherche scientifique en matière de lutte contre le cancer et, dans le même temps, prédire que d’ici quelques années, près d’une personne sur deux souffrira d’un cancer. Pour le Pr Pierre Coulie, chercheur et président de la Fondation contre le Cancer, la réponse est simple : «L’augmentation des cas de cancer est essentiellement due au vieillissement de la population. Les gens vivant plus longtemps qu’autrefois, la probabilité qu’ils aient un jour un cancer augmente. À côté de cela, on a progressé aussi en matière de diagnostic: grâce au dépistage systématique avec des techniques améliorées, principalement pour quatre cancers parmi les plus fréquents: sein, prostate, colon et col de l’utérus, on détecte des cancers à un stade encore précoce. Ces deux raisons expliquent pourquoi l’on enregistre davantage de cas.» L’autre bonne nouvelle? Les progrès sont constants, tant dans le domaine du diagnostic (les progrès de l’imagerie médicale sont énormes) que du traitement. Si cela reste difficile pour les cancers avancés, métastatiques ou pour certains types de cancer, des découvertes plus que prometteuses modifient le monde de l’oncologie: on parle de protonthérapie, d’immuno-thérapie, de traitement contre l’angiogénèse, de radiologie interventionnelle, de traitements ciblés, d’électro-chimiothérapie (lire pages suivantes)… Toutes ces nouvelles modalités de traitement ont déjà transformé le parcours du combattant. Les combiner avec la chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie que l’on utilisait jusqu’ici constitue désormais un arsenal thérapeutique conséquent mais aussi de plus en plus complexe. Il est aujourd’hui difficile de savoir si l’hôpital que l’on a choisi dispose de toutes ces technologies de pointe. Il n’existe en effet pas encore, comme le souhaiterait l’Inami, de centrale qui permettrait de guider les patients vers les hôpitaux en fonction de leur degré d’expertise dans tel ou tel type de cancer. Or, plus un hôpital traite de cas similaires, plus son expertise augmente, notamment en matière de combinaison de traitements et de gestion des effets secondaires. «Il est impossible d’être à la pointe dans tous les domaines, remarque le Pr Coulie. Les hôpitaux seront amenés à se spécialiser et à regrouper leurs compétences, même en collaborant avec les pays limitrophes. Le niveau moyen de la qualité des soins est élevé en Belgique. Il existe de nombreux centres universitaires très performants, certes avec des délais d’attente parfois trop longs, mais les patients n’imaginent pas le confort dont ils disposent ici, par rapport à d’autres pays, où ils seraient confrontés à un système à deux vitesses: une médecine pour les riches et une pour les pauvres

Se garder du rêve américain

Guérir tous les cancers reste bien sûr l’objectif ultime de la recherche scientifique, mais cet espoir se heurte sans cesse au fait qu’ils sont différents les uns des autres et que la maladie évolue dans le temps. «Il faut se méfier des effets d’annonce de résultats miraculeux. Ils sont souvent naïfs et parfois témoignent d’une certaine malhonnêteté intellectuelle», décrète le président de la Fondation contre le Cancer. «La guérison, c’est-à-dire la disparition définitive de toutes les cellules cancéreuses détectables, est possible mais reste rare. En fait, on ne peut dire qu’on est guéri d’un cancer que quand on meurt d’autre chose! Par contre, on peut aujourd’hui maintenir un cancer à un niveau très bas pendant longtemps (cinq ans, et même beaucoup plus…) avec une qualité de vie très bonne, voire tout à fait normale. Il reste, bien sûr, cette fameuse épée de Damoclès dont la présence au-dessus de leur tête affecte moralement les patients qui ne se sentent ni malades ni guéris.» La plupart des patients sont prêts à tester les nouveaux traitements développés par les firmes pharmaceutiques. Ces médicaments ne sont cependant pas toujours plus efficaces que ceux dont on dispose déjà. En revanche, s’il apparaît qu’ils peuvent l’être, des études cliniques de grande ampleur doivent être menées pour le démontrer formellement. Ce qui peut prendre un certain nombre d’années. «Mais il est normal que la société ne paie ces traitements que s’ils sont réellement efficaces, explique le Pr Coulie. Pendant la période des essais cliniques d’un nouveau médicament, il y a parfois des situations difficiles avec des patients dont on pense qu’ils pourraient peut-être bénéficier d’un médicament qui n’est pas encore testé chez nous mais bien à l’étranger. Certains patients demandent par exemple de participer à des essais cliniques aux États-Unis. Mais il faut être riche, voire très riche, car cela peut coûter des centaines de milliers d’euros, non remboursés naturellement, et cela ne fonctionne pas nécessairement. Il faut donc rester prudent: un médecin ne fait pas miroiter à son patient qu’il pourrait bénéficier de tel ou tel traitement à l’étranger alors qu’il sait pertinemment que cela va lui coûter les yeux de la tête, bien entendu sans garantie de résultat. Cette situation, pour le patient et ses proches, est psychologiquement intenable

58% des Belges sont optimistes!

Selon une enquête récente organisée par le laboratoire bio-pharmaceutique MSD (Merck & Co), plus d’un Belge sur deux (54%) pense qu’il sera un jour personnellement confronté au cancer. Ce qui n’empêche pas 58% des personnes sondées de se sentir optimistes quant à la chance de vaincre un jour cette maladie. Un jour… que 69% des Belges estiment lointain. Pour eux, la recherche avance lentement. Mis à part le décès, les trois principales conséquences redoutées par les malades sont: la douleur (24%), la peur de gêner les proches (22%) et celle de voir se dégrader la qualité de vie (21%). Raison de plus pour participer activement aux actions telles que le Télévie dont les bénéfices sont intégralement reversés à la recherche scientifique dans le domaine du cancer.