Le prêt participatif se fraie un chemin en Belgique

Le paysage belge, et sensiblement wallon, du financement participatif se diversifie. Il compte désormais deux nouveaux acteurs dans le prêt participatif (« crowdlending »), la troisième forme de crowdfunding.

Rappelons qu’historiquement, la première forme, popularisée par des plateformes comme KickStarter ou KissKissBankBank, consiste à financer, par un système de contreparties (ou le don), la réalisation de produits ou services, du gadget technologique à la production d’une œuvre musicale. C’est la forme le plus connue de crowdfunding. Puis est venue une seconde forme, visant principalement les start-up, permettant à la « foule » d’entrer au capital d’une entreprise. C’est le modèle évangélisé en Belgique par MyMicroInvest.

Le prêt participatif, quant à lui, permet à un particulier de prêter de l’argent à une entreprise, via une plateforme d’intermédiation, pour une durée et à un taux d’intérêt bien définis. Depuis trois ans, Look&Fin est le précurseur belge en la matière.

La cible n’est pas la même que pour les autres formes de crowdfunding : l’emprunteur doit avoir démontré ses capacités de remboursement. Il s’agit donc davantage de PME bien assises que de start-up ou projets innovants. La formule est relativement chère – entre 4 % et 11 % d’intérêt l’an – mais elle attire, côté emprunteur, pour sa rapidité de traitement (en quelques jours) et comme alternative à des prêts bancaires exigeant quantité de garanties. Côté prêteur, c’est un investissement à risque contrôlé (Look&Fin affiche pour l’instant un taux de défaut inférieur à 1 %) avec une promesse de rendement non négligeable.

Porté au niveau mondial par des acteurs comme Funding Circle (US) ou Lendix (France), ce crowdlending vers les entreprises – à ne pas confondre avec les plateformes de prêts entre particuliers comme Lending Club – fait des émules en Wallonie.

Pierre Kroll

Créée à Liège il y a quatre ans, la plateforme CrowdIn compte poursuivre sur la voie du crowdfunding par la contrepartie (lire ci-contre), tout en y ajoutant dès cet automne le prêt participatif. Un agrément de la FSMA, l’organe de régulation des marchés, est attendu pour septembre. Pour ouvrir ce nouveau chapitre, la start-up peut compter sur le soutien financier d’un Liégeois célèbre, le dessinateur Pierre Kroll, qui, avec un autre investisseur anonyme, y injecte quelques dizaines de milliers d’euros.

« Notre métier, c’est l’accompagnement du financement. Pour une PME qui a pu démontrer sa capacité de remboursement, le prêt participatif sera la première voie. Pour les entreprises moins matures, nous examinerons si ses produits sont suffisamment attrayants que pour réussir un crowdfunding par contrepartie, résume Quentin Gaillard, cofondateur de CrowdIn. Le financement participatif, ce n’est pas un robinet qui s’ouvrirait grâce à une belle plateforme technologique. La préparation des campagnes est essentielle. On en revient à l’aspect humain. Il faut par exemple d’abord convaincre un premier cercle de connaissances pour atteindre au moins 30 % de l’objectif durant les deux premières semaines. »

CrowdIn espère présenter trois premiers projets de prêts participatifs d’ici la fin de l’année, à partir de 50.000 euros d’objectif. La plateforme facture 1.300 d’euros à l’emprunteur pour l’audit financier de son dossier, confié au cabinet comptable Verdin & Associés à Liège, et prélève 3 % de commission sur les montants prêtés. Le taux d’intérêt variera entre 5 et 10 %. « Le marché mondial du crowdlending double chaque année. Et le marché belge est encore largement en retard. »

Focus sur le renouvelable

A quelques kilomètres de là, sur les hauteurs du Sart-Tilman, Ecco Nova est l’autre acteur wallon émergent du crowdlending. Disposant déjà d’un agrément provisoire de la FSMA, Ecco Nova attend le définitif d’ici l’automne. A la différence de CrowdIn, Ecco Nova cible uniquement les besoins de financement dans le secteur des énergies renouvelables. Depuis ses débuts il y a tout juste un an, la plateforme a déjà collecté 500.000 euros, à travers trois projets : deux centrales biomasse à Crisnée et le parc photovoltaïque Railpark, à Arlon. Elle vise le million d’euros pour 2017.

Une campagne est en cours pour doter la laiterie de Walhorn, près d’Eupen, d’une installation de cogénération. L’objectif est de 250.000 euros. « Nous aidons à financer par le prêt toute entreprise qui participe à la transition énergétique. Nos clients sont des PME ou des développeurs dans l’éolien et le photovoltaïque. Nous sommes complémentaires aux coopératives énergétiques, qui rassemblent souvent des convaincus. Nous voulons toucher un public plus large, notamment parmi les riverains. Le prêt participatif peut être un moyen de combattre l’effet Nimby », explique Quentin Sizaire, cofondateur d’Ecco Nova.

Collègues et voisins autant que concurrents potentiels, CrowdIn et Ecco Nova divergent surtout sur la pertinence d’une approche sectorielle. « Nous estimons que le marché wallon est trop petit pour un acteur spécialisé. Sauf si cet acteur est adossé à une banque ou à une maison-mère en France ou ailleurs. Or, nous sommes là pour proposer une véritable alternative aux banques, lance Quentin Gaillard (CrowdIn). L’analyse des dossiers demande tellement de ressources que nous pensons au contraire que l’on ne peut être efficace qu’avec une approche spécialisée. Pour RailPark, il n’a fallu que quatre semaines entre le premier rendez-vous et la mise en ligne du projet. Et puis, notre focus sectoriel ne nous empêche pas de lorgner vers la France ou de nous diversifier vers des domaines connexes comme l’immobilier. »

Ces deux nouvelles plateformes, tout comme d’ailleurs l’arrivée chez nous de la plateforme française 1001Pact dédiée à l’économie sociale et solidaire, vont peut-être inciter l’épargnant wallon (ou bruxellois) à jouer un peu moins les écureuils. Ce serait une bonne nouvelle pour les entrepreneurs.