« Cachez cette homosexualité que je ne saurais voir derrière un guichet communal »

Et voilà donc l’idée d’un président de parti, Bart De Wever qui, dans une interview au Standaard où il se déclare fanatique d’idéologie, est pris en flagrant délit de n’en avoir qu’une : le populisme.

Hélas, il réussit à encore faire parler de lui, mais comment laisser passer cette phrase incroyable qui met sur le même plan « Vlaams belang, Musulman et Homosexuel ». Cet amalgame volontaire – l’homme est intelligent et ne fait rien au hasard, entre une obédience, un choix politique – d’extrême droite ici – et l’homosexualité répand le venin dans l’opinion, de la catégorisation de l’homosexualité, de sa stigmatisation et de son déni.

De Wever dit qu’il n’a pas de problèmes avec l’homosexualité ? C’est faux, puisqu’il la considère non comme une question de nature, mais de choix idéologique, à l’instar de la croyance ou de la politique. Un choix idéologique que, de plus, il faudrait cacher dans le domaine du pouvoir public, pour rester neutre. Sa phrase ne dit évidemment pas précisément cela, mais arrêtons de l’excuser ou de le laisser jouer la victime, sa déclaration fait plus que le laisser entendre.

C’est pervers, car flirtant avec les raisonnements homophobes qui hantent encore aujourd’hui nombre de cénacles, de groupes de jeunes, de lieux de travail. Cachez cette homosexualité que je ne saurais voir derrière un guichet communal, cachez cette homosexualité qui gène la neutralité : c’est le message que l’on doit déduire de son interdiction du T Shirt arc-en-ciel que de rares fonctionnaires homosexuels doivent porter au travail. Quid d’ailleurs, comme le disait très drôlement un twito, d’un hétéro qui porterait ce vêtement ?

L’homosexualité ne serait pas neutre, alors que l’hétérosexualité le serait ? Ginette pourrait donc garder son tatouage « à Roger pour la vie » sur l’avant-bras ? Gwendoline Rutten, la présidente de l’Open VLD twittait aussi à propos : « Je suis dans le doute, mon alliance, puis-je continuer à la porter ? » Tandis qu’un autre homme politique flamand lançait : « Puis-je porter mon Tshirt « Proud to be a girl », ou va-t-on reconnaître que je suis une femme, et donc relevant d’une obédience désormais interdite ? »

Si les discours et les gestes de la N-VA ne sentent pas les années 30, ils ne cessent cependant d’inquiéter sur la vision de la société proposée. Après les artistes, les homosexuels, le logo « la ville appartient à tous », le poète de la ville, les voitures aux plaques étrangères, les portraits du Roi et de la Reine, les drapeaux belges, où Bart De Wever va-t-il fixer la limite qu’il tolère à l’existence et l’expression de la liberté et de diversité des individus en terre flamande ? Qu’est-ce qui à ses yeux, rend encore certains citoyens insupportablement visibles ? Ou commence la liste ? Et ou s’arrête-t-elle ?

La sphère twitter s’en donnait à cœur joie sur cette sortie qui, à la Berlusconi, permet à un parti de gagner des points sur des simplismes ou en flattant les préjugés d’un électorat qui a peur de la sexualité, de la couleur et de l’identité de l’autre, parfois simplement parce qu’il assume mal la sienne.

Un twitto recommande pour garantir toute neutralité, d’exiger des employés communaux qu’ils soient nus derrière leurs guichets. Un autre rappelle, cynique, que le port de l’uniforme, à une certaine époque, n’avait pas mal fonctionné. Glaçant.