L’affaire Cahuzac affaiblit un peu plus Hollande

Economie en berne, manque de leadership, cote de popularité au plus bas auxquels viennent s’ajouter un scandale de corruption et de mensonge devant l’Assemblée Nationale, la France est en pleine crise du pouvoir, et la « République irréprochable » promise par François Hollande n’est déjà plus qu’un lointain souvenir, une vieille promesse idéaliste perdue dans les marécages de la real politik.

Mis au pied du mur, le chef de l’Etat a voulu montrer qu’il tenait encore les rênes du pays en annonçant trois mesures dans une déclaration télévisée au ton dramatique :

1. une réforme du Conseil supérieur de la magistrature qui doit être votée dès « cet été » par le Parlement pour « renforcer l’indépendance de la justice »  ;

2. une lutte «  impitoyable » contre les conflits entre intérêts publics et privés avec la «  publication et le contrôle » du patrimoine des ministres et parlementaires et ;

3. «  l’interdiction de tout mandat public » pour les élus condamnés pénalement pour fraude fiscale et corruption.

Mais le mal est fait. Depuis les aveux de Jérôme Cahuzac, la majorité au pouvoir, déjà critiquée sur son bilan économique, est la cible de questionnements de la part de l’opposition qui peuvent se résumer comme suit: Qui savait? Qui a caché la vérité ?

Car si le Président Hollande et le Premier ministre ont été les premiers ciblés, c’est tout l‘exécutif qui tremble. Le ministre de l’Economie Pierre Moscovici est aujourd’hui accusé d’avoir couvert son ministre de tutelle. Contraint de monter au créneau, le patron de Bercy a estimé n’avoir commis «  aucune faute » et récusé la moindre «  complaisance » ou « volonté d’entraver la justice ».

Un proche de Marine Le Pen aurait ouvert le compte suisse de Cahuzac

Une rumeur persistante circule selon laquelle une note de la DCRI datée de début décembre indiquerait que L'Elysée (et donc Matignon) était au courant de la véracité des allégations portées par Médiapart. Si cela est vérifié, la France serait face à un véritable scandale d’Etat.

Selon Le Monde, c’est un proche de Marine Le Pen qui aurait ouvert le compte en Suisse de M. Cahuzac en 1992.

Entretien avec le Ministre de l’Economie Pierre Moscovici

Vous étiez à la fois le ministre de tutelle de Jérôme Cahuzac et le responsable de l’administration fiscale. Pourquoi lui avez vous fait confiance ?

Pierre Moscovici : « Nous avons été aussi, l’administration fiscale et moi-même, victimes de ce mensonge. Cela suscite ma colère et ma stupéfaction mais ne saurait en aucun cas susciter la suspicion. Pas une fois, pas dix fois, mais beaucoup plus que ça Jérôme Cahuzac a nié, en me regardant les yeux dans les yeux, avoir eu un compte à l’étranger. Oui, j’ai fait confiance. Dans une situation comme celle-là, il faut d’abord respecter strictement la présomption d’innocence et les procédures. Dès lors qu’il est avéré qu’il s’agissait d’un mensonge, ce que j’ai découvert hier (mardi) en même temps que tout le monde, je constate que ma confiance a été abusée. »

Vous avez demandé l’assistance administrative des autorités suisses, et leur réponse, telle qu’elle a filtré dans les médias, semblait blanchir Jérôme Cahuzac. N’avez-vous pas utilisé l’administration pour l’innocenter ?

Pierre Moscovici : «Je n’ai jamais eu la volonté de blanchir ou d’innocenter Jérôme Cahuzac. J’ai entrepris toutes les démarches que je pouvais faire et qu’il fallait faire pour contribuer à établir la vérité. Rien de plus, rien de moins. Dès les premières révélations, le directeur général des finances publiques, Bruno Bézard, nous a proposé de dresser une muraille de Chine autour du ministre délégué au Budget pour éviter tout conflit d’intérêt, et dès le 10 décembre j’ai repris personnellement la main sur ce dossier. L’administation fiscale a été exemplaire, transparente, volontaire et diligente. Tous les éléments ont été transmis à la police judiciaire, y compris l’intégralité du dossier fiscal de Jérôme Cahuzac sur vingt ans.

Aux autorités suisses, nous avons posé la question la plus large possible, permettant de remonter le plus loin possible dans le temps, à savoir si Jérôme Cahuzac ou ses ayants droit économiques avaient eu un compte chez UBS entre 2006 et 2013. La réponse, reçue le 31 janvier, était négative et elle a été transmise instantanément à la justice. »

Certains demandent votre démission. Pouvez-vous rester au gouvernement alors que vous avez personnellement géré ce dossier ?

Pierre Moscovici : « Pourquoi je démissionnerais ? Non, je ne vais pas démissionner alors que j’ai fait tout ce que je pouvais et devais faire. A aucun moment je n’ai su qu’il était coupable. »

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