Terrence Malick expliqué aux nuls par Olga Kurylenko

Comme à son habitude, Terrence Malick jouait en septembre dernier, lors de la présentation de son dernier film, à la Mostra de Venise, à l’homme invisible. Ben Affleck et Javier Bardem étaient eux aussi absents. Seule Olga Kurylenko s’était déplacée. Ça tombe bien : l’ex-mannequin d’origine ukrainienne tient le premier rôle du film. Son témoignage sur la méthode et le mystère Malick ne manque vraiment pas d’intérêt.

Terrence Malick a la réputation d’être un cinéaste très mystérieux, totalement à part dans l’industrie du cinéma. Quel artiste avez-vous rencontré ?

Je ne l’ai rencontré qu’après audition à Paris. C’était chez lui, à Austin, au Texas. Nous avons parlé beaucoup.

De quoi ?

De la vie. De l’amour. Les questions qu’il me posait étaient très poignantes parce que je me demandais comment il pouvait savoir que je pouvais y répondre. Il semblait savoir des choses de moi, de ma vie. C’est comme s’il connaissait les réponses que j’allais lui donner. Ça m’a un peu fait flipper. Je me disais : cet homme est-il capable de lire en moi ? Sait-il ce que je pense vraiment au fond de moi pendant que je parle ?

Il ne vous parlait pas de votre rôle dans le film ?

Non. Je vous le dis, nous ne parlions que de la vie, de l’amour, de l’exil. Mais de rien de précis.

Pas de scénario ?

Non, il ne m’en a jamais donné. Je crois qu’il n’y en avait pas. En avait-il ? En tout cas, je n’en ai jamais vu. Il voulait que je sente le personnage à travers nos conversations, je crois. Par contre, il aimait écrire. Et il me donnait quelquefois le matin une trentaine de pages à lire. Censées illustrer le sujet du jour où nous allions tourner.

Mais vous avez bien un dialogue, des scènes à apprendre ?

Tout dépend, avec lui rien n’est fixe. Parfois oui. Et à d’autres moments, alors que vous comptez parler durant la scène, il vous interrompt soudainement et lâche : « Non, surtout, ne dis rien ! C’est tellement plus fort comme ça, c’est ton corps qui parle… » En fait, c’est chouette parce que vous ne savez jamais ce qui va se passer. Si, une chose : dès l’audition, on m’a dit que le personnage aimait la nature.

Et cet amour de la nature se traduit beaucoup à l’écran. Comment ça se passe, concrètement ?

Il voulait que je sois en contact avec la nature, que je touche les feuilles, que je boive l’eau des branches, que je danse, touche le sol, parle aux fleurs. Tout ça durant deux mois et demi. Et sans jamais employer, durant les prises, le mot coupez. Il ne coupe jamais une scène. On s’arrête quand on a besoin d’une nouvelle cassette.

Il doit y avoir matière à beaucoup de films, avec tous ces rushs !?

Il doit y en avoir assez pour faire cinq ou six films différents, selon moi. D’autant qu’il décide de l’histoire qu’il va raconter en salle de montage. C’est du coup un peu un casse-tête, pour moi, quand je découvre le film, entre ce qui est à l’écran et ce qui n’y est plus. Je l’ai vu deux fois et je veux encore le revoir. C’est un film qu’il faut revoir tant les messages y sont intenses. En le revoyant, j’ai trouvé des choses que je n’avais pas vues à la première vision.

Pourquoi ne donne-t-il jamais d’interviews ?

Il est si humble et timide qu’il ne parlera jamais de lui. C’est un homme d’une timidité extrême. Mais pas avec les acteurs ! Pour son art, il en est capable. Mais parler de lui, ce n’est pas de l’art, pour lui. Ce n’est pas un homme qui se vend.

C’est du coup à vous de le faire. En avez-vous parlé ensemble ? Vous a-t-il donné des conseils ?

Non. J’aurais bien voulu, pourtant. Mais il n’est pas là…

Comment se passe l’enregistrement de la voix off ? Donne-t-il des indications particulières ?

Terrence n’était jamais présent durant l’enregistrement des voix off. Je l’ai d’ailleurs fait depuis les quatre coins du monde. Terrence m’envoyait des tonnes de textes. Je l’ai fait durant un an. Et j’ai probablement lu et enregistré minimum 400 pages.

Sans jamais vous poser de questions ?

Vous savez, à un certain moment, vous le faites par amour. Et comme vous aimez tant Terry, voilà… C’est un grand artiste. C’est un être magnifique. En quête de vérité. Très protecteur aussi. Tout l’inverse de l’image qu’il peut donner à l’extérieur, de par son choix de refuser les contacts et apparitions publiques.