Le PDG d’Orange en garde à vue dans l’affaire Tapie

Il n’y a eu ni ordre, ni instruction, ni pression, répète-t-il depuis des mois. Craquera-t-il devant les policiers qui l’ont placé en garde à vue ? Stéphane Richard est entendu depuis ce lundi matin par la brigade financière de Paris. L’audition peut durer deux jours. L’actuel patron d’Orange, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde au ministère français de l’Économie et des Finances, est un maillon essentiel dans l’affaire Tapie qui secoue l’Hexagone depuis des mois et qui pourrait s’avérer très embarrassante pour Nicolas Sarkozy.

La justice cherche à savoir s’il a été la courroie de transmission entre l’Elysée et Bercy pour recourir en 2007 à un arbitrage qui s’est révélé extrêmement favorable à l’homme d’affaires dans le litige qui l’opposait au Crédit Lyonnais, alors banque publique, à propos de la revente d’Adidas. Bernard Tapie avait touché rien moins que 403 millions d’euros, dont 45 au seul titre de préjudice moral…

La version de Stéphane Richard sera confrontée à celle de Jean-François Rocchi, l’ancien patron du « consortium de réalisation » (la structure chargée de gérer le passif du Crédit Lyonnais), qui a lui aussi été placé en garde à vue.

Le PDG d’Orange sera peut-être celui qui fera basculer l’affaire. Dans une marée de démentis, il est en tout cas le seul qui a laissé pointer une brèche. C’était lors d’une interview accordée au Canard enchaîné. L’ancien bras droit de l’actuelle directrice générale du FMI avait confié qu’il avait bien reçu une consigne de Claude Guéant, ancien secrétaire général de l’Elysée, pour recourir à un arbitrage privé pour régler le litige qui opposait Bernard Tapie au Crédit lyonnais plutôt qu’à la justice ordinaire. Il avait ensuite démenti. Lors de son audition devant la Cour de Justice de la république, il y a près de trois semaines, Christine Lagarde avait elle-même laissé entendre qu’elle n’avait peut-être pas disposé de toutes les clés. La directrice générale du FMI avait indiqué qu’elle n’agirait plus aujourd’hui de la même manière maintenant qu’elle dispose de tous les éléments du dossier.

Bande organisée

L’enquête progresse à grands pas et à coups de rebondissements. Il y a quinze jours, l’un des trois juges-arbitres, Pierre Estoup, avait été mis en examen. Le chef d’inculpation ? Escroquerie en bande organisée ! Des liens ont été mis en évidence entre cet ancien magistrat à la retraite, reconverti à l’arbitrage privé pour ses vieux jours, et Maurice Lantourne, l’un des avocats de Bernard Tapie. Un livre, très amicalement dédicacé de la main de l’homme d’affaires, a d’ailleurs été retrouvé dans l’un des domiciles de Pierre Estoup. Un ouvrage ancien, envoyé au magistrat dix ans avant l’arbitrage, se moque Bernard Tapie, qui ne se souvient pas d’avoir été proche de lui et qui a même prétendu un temps ne pas le connaître du tout.

Mais si escroquerie en bande organisée il y a eu, qui fait donc partie de la « bande » ? Des proches de l’ancien président de la république, voire l’ex-chef de l’Etat lui-même ? C’est évidemment la question que se pose toute la classe politique. Nicolas Sarkozy et Bernard Tapie se connaissent depuis trente ans. L’homme d’affaires s’est rendu à l’Elysée une douzaine de fois quand son ami était président. De quoi pouvaient-ils bien se parler ? Du litige ? Du soutien de l’ancien ministre de François Mitterrand pour le candidat de la droite en 2007 et 2012 ? Le centriste François Bayrou, leader du MoDem, est monté au créneau le premier, en parlant d’un des plus grands scandales d’État de la Ve république. Selon lui, Nicolas Sarkozy ne pouvait pas être étranger au choix de l’arbitrage privé. «  Le président est consulté dès qu’il faut nommer le moindre sous-préfet, alors… »

S’il devait être mis en examen à l’issue de sa garde à vue, Stéphane Richard sera évidemment plus que fragilisé à la tête d’Orange, où il avait été nommé après la crise qui avait secoué l’opérateur téléphonique, avec une vague de suicides à France Télécom. Avant de se reprendre, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, est allé vite en besogne en déclarant qu’il ne pourra pas rester à la tête d’Orange. Ce lundi, le groupe maintient sa confiance à son PDG.