Du triple vitrage, oui, mais pas n’importe où

Double ou triple vitrage ? Si vous envisagez de remplacer vos châssis, vous vous posez peut-être cette question, en vous demandant quels sont les avantages et les inconvénients propres à chaque solution.

D’emblée, Anne-Michèle Janssen, ingénieur architecte et chargée de cours au sein du département d’architecture de l’Université de Liège, insiste : ce qui est important c’est de mettre en œuvre une continuité entre la façade (lire les innovations dans ce domaine, ci-dessous) et le vitrage afin que l’enveloppe de la maison soit homogène au niveau de l’isolation. « Si la paroi est plus froide que le vitrage, par exemple, des ponts thermiques (NDLR : zone dans l’enveloppe du bâtiment où la barrière isolante est rompue) vont se créer et de l’eau va se condenser. Le triple vitrage est un formidable outil quand on l’emploie correctement ; vouloir le généraliser n’est pas toujours une bonne solution », explique-t-elle.

Concrètement, dans une maison passive, les occupants auront intérêt à choisir du triple vitrage, selon l’architecte, puisque l’habitation possède un haut niveau d’isolation. Par contre, dans une habitation bien isolée mais qui n’atteint pas les critères passifs, placer du double vitrage pourrait s’avérer être un choix plus judicieux. Dans ce cas, le standard Ug 1.1 pourrait suffire. « On peut aller jusqu’à 0.8, mais les coûts deviennent alors plus importants », ajoute Christophe Rademaker, ingénieur et conseiller technique chez Schüco, entreprise spécialisée dans les solutions pour l’enveloppe du bâtiment, qui affirme : « Le triple vitrage se justifie si l’on traite toute l’enveloppe du bâtiment. »

Une réflexion à prendre en compte lors d’un chantier de rénovation. « Quand on rénove, on va d’abord identifier ce qui a le plus d’impact sur l’isolation. Si on change la toiture, on agit sur 25 à 30 % des fuites énergétiques. Pour les murs, l’impact se situe entre 20 et 25 %, le chiffre passe de 10 à 15 % pour les fenêtres, indique Anne-Michèle Janssen. Donc si on remplace uniquement les châssis, le retour sur investissement prendra des années. Si à la base, l’isolation de la maison est “moyenne”, le triple vitrage risque d’occasionner des coûts plus importants au final.  » Car cette dernière solution reste généralement plus lourde financièrement. Quoique… Tout dépend ce que l’on compare. « Au niveau de la qualité du vitrage, à performance égale, outre l’isolation, le triple vitrage sera environ 30 % plus cher que le double, poursuit l’architecte. Mais le coût du triple vitrage peut ne pas être plus significatif que ça, si on le compare à du double vitrage anti-effraction, avec un certain pouvoir de réverbération, par exemple.  »

En effet, si l’isolation semble être la priorité des ménages lorsqu’ils réfléchissent au type de vitrage qu’ils vont choisir, d’autres variables doivent être examinées telles que la position ou la dimension des vitres. Il ne faut pas non plus oublier les inconvénients liés au triple vitrage, comme les problèmes de surchauffe en été et la perte de luminosité causée par l’épaisseur des vitres. Anne-Michèle Janssen souligne également le travail plus lourd au niveau de la stabilité que demande le triple vitrage. « Mais c’est un aspect qu’on rencontre aussi avec le double vitrage pour les grands châssis  », ajoute-t-elle.

Des constats que Damien Franzen, architecte chez FHW Architectes, ne partage pas. Selon lui, le triple vitrage arrive à des prix à peine supérieurs à ceux du double vitrage. « C’est un petit effort financier pour avoir un plus grand confort et une consommation énergétique plus faible. Les fenêtres restent le point faible au niveau de l’isolation , soutient-il. Nous, on ne met plus que du triple vitrage depuis cinq ans. Conjugué avec des murs opaques, on arrive à des coefficients de l’ordre de 0.2 à 0.1. Le double vitrage a une valeur de 1, c’est-à-dire dix fois moins isolante ! À la place d’avoir une température de 15 degrés à la surface du vitrage avec le double, on peut aller jusque 18 degrés avec le triple, quelques degrés de plus, c’est plus confortable.  »

Les avis divergent donc. Dans certains pays du Nord ou en Allemagne, le triple vitrage est devenu le standard car les normes sont plus sévères. Le marché s’est adapté aux nouveaux besoins en proposant des produits plus compétitifs.

En Belgique, ce n’est pas vraiment encore le cas. Du coup, pour l’instant, le bénéfice apporté par le triple vitrage apparaît parfois encore comme trop faible. Mais, Christophe Rademaker l’assure, « on n’y échappera pas  ».