Pavlenko: «J’aimerais pas avoir 15 ans aujourd’hui»

Avec Marie Pavlenko, le ton change dans la fantasy française. Si Saskia, l’héroïne de la trilogie Le livre de Saskia, est encore une fille un peu naïve, Erine, celle de La fille-sortilège, est une battante, une survivante. La preuve : elle vole des cadavres frais dans les cimetières pour gagner de quoi manger. Elle fait ses propres choix, elle se fraie un destin. Bien sûr, elle éprouve des doutes et du découragement, mais pas question de se laisser aller : Erine est déterminée à affronter les épreuves. Si bien qu’on s’y attache, comme en osmose, accentuée par l’utilisation du « je », propice à l’identification.

Bien sûr, l’univers de La fille-sortilège est assez cliché : la Cité des Six. Six clans la dirigent, chacun possède une magie. Erine a été bannie, loin de sa famille et de son clan. Et c’est en se débattant dans les quartiers des Orklas (les Hors Clans) qu’elle va découvrir un complot contre la Cité. Mais l’écrivaine compense ce relatif manque d’originalité par une vivacité d’écriture, une narration haletante, une mise en scène réaliste et des personnages auxquels on croit.

Pourquoi écrire ?

J’ai toujours voulu écrire. J’ai pris une autre voie que la littérature, celle de la presse écrite. J’ai travaillé pour des dizaines de supports pendant 15 ans. Je n’ai pas écrit de bouquins pendant ce temps-là mais j’ai appris à affûter ma plume. Cependant mon désir était toujours d’écrire des livres. Et je me suis dit à un certain moment qu’il fallait que je change. On m’a présenté à l’éditeur Scrinéo, qui lançait une collection de jeunesse. Et là mes ailes se sont déployées parce que je lis énormément de jeunesse. Et je dis : quel genre ? Dans la fantasy, me répond-on. Et voilà. J’ai eu un coup de bol monstrueux.

Et « La fille-sortilège » ?

Là c’est Xavier Mauméjean, qui est venu me voir. Il lançait la collection Pandore. Il avait lu Saskia et on lui avait parlé de moi. C’était au début du mois d’août. On partait en Hongrie. J’ai commencé à réfléchir à une histoire dans la voiture. Je suis rentrée avec un synopsis de quelques pages. Et il a dit : magnifique.

Vos histoires, c’est pour amuser le lecteur ou davantage ?

Un bon récit d’imaginaire pour les jeunes doit résonner avec le thème du passage à l’âge adulte, de la métamorphose. Ça peut prendre des formes extrêmement diverses. On doit pouvoir le lire en filigrane derrière l’histoire. Et celle-ci ne doit pas apporter que de l’amusement. Je parlerais plutôt de dépaysement et d’émotion.

Vos héros sont toujours des héroïnes.

Pour l’instant, j’écris à la première personne, au « je ». Et pour le moment, je ne me vois pas me mettre dans la peau d’un garçon. D’ailleurs il en manque des héroïnes. Mes bouquins sont féministes : ce sont des femmes qui acquièrent la liberté, qui font leurs propres choix, et c’est vachement important pour le lectorat féminin de mettre en scène des femmes qui ne soient pas caricaturales, qui ne soient pas comme Lara Croft, même si en même temps elles sont volontaires, elles tiennent le coup. Comme les filles d’aujourd’hui d’ailleurs. Moi je n’aimerais pas avoir 15 ans aujourd’hui. Ça me semble si compliqué, elles doivent être tellement fortes. Leur faire partager le caractère d’une héroïne qui s’accroche, je crois que c’est important. Pour les garçons aussi, d’ailleurs.

Vos projets ?

Je suis en train de terminer le troisième tome du Livre de Saskia. Sauf invasion martienne ou tempête de sable qui ensevelirait la France, le dernier opus de la trilogie sera en librairie le 10 octobre. Ensuite, dès septembre, je m’attelle à un autre roman jeune adulte, fantastique, qui devrait paraître fin 2014 dans la collection Territoires du Fleuve Noir.