Tunisie: manifestations après l’assassinat de l’opposant Mohamed Brahmi

Mohamed Brahmi, député et responsable d’un parti d’opposition tunisien, a été assassiné jeudi par balles devant son domicile près de Tunis. Ce sont des médias officiels et des responsables de son parti qui ont annoncé l’information, plus tard confirmée par le ministère de l’Intérieur.

«  Son corps a été criblé de balles devant son épouse et ses enfants », a déclaré, en pleurs, à la radio, Mohsen Nabti, membre du bureau politique du Mouvement populaire, une petite formation de gauche. La télévision Watanya a précisé que Brahmi avait été abattu par onze balles tirées à bout portant par des inconnus.

Après l’annonce de sa mort, un cortège d’environ 500 personnes s’est constitué devant le siège de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) avant de rejoindre l’avenue Habib-Bourguiba, où se trouve le ministère de l’intérieur. Parmi eux, la veuve de Chokri Belaïd, autre opposant de gauche tué par balle en début d’année. D’autres personnalités étaient également présentes dans ce cortège (le site nawaat, via Le Monde, parle notamment de Mohamed Jmour, du parti Watad, Mehdhi Ben Gharbia, de la coalition démocratique, le député Brahim Kassas, l’avocate Leila Ben Debba, l’avocate Saida Garrach et la syndicaliste Thouraya Krichen.)

De nombreuses personnes se sont également rassemblées devant l’hôpital où a été conduit le corps de Brahmi.

« J’accuse Ennahda, ce sont eux qui l’ont tué »

La famille de Mohamed Brahmi accuse le parti islamiste au pouvoir Ennahda d’être responsable du meurtre. «  Notre famille avait le sentiment que Mohamed allait connaître le même sort que Chokri Belaïd » a déclaré Chhiba Brahmi, la sœur du défunt.

«  C’est un militant de la démocratie qui a été assassiné de sang froid aujourd’hui, le jour où la Tunisie célèbre la République », a déclaré l’avocat Mabrouk Korchid, en référence au 56eme anniversaire jeudi de la proclamation de la République en Tunisie.

L’ONU condamne et demande une enquête

La Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Navi Pillay, a condamné jeudi l’assassinat.

«  J’appelle les autorités à lancer immédiatement une enquête rapide et transparente afin de s’assurer que les personnes responsables de ce crime rendent des comptes », a déclaré Navi Pillay. La Haut-Commissaire a souligné qu’«  il s’agi(ssai)t du troisième assassinat de cette nature au cours des dix derniers mois ».

«  J’apprends avec une grande émotion l’assassinat abject de notre collègue, le député Mohamed Brahmi, assassinat que je condamne avec la plus grande fermeté », a déclaré Martin Schulz, premier responsable européen à réagir. «  Cet assassinat, comme celui de son ami et compagnon de lutte Chokri Belaïd, ne doit pas rester impuni ».

Grève générale vendredi, Tunisair annule tous ses vols

«  L’Union générale des travailleurs tunisiens annonce une grève générale vendredi dans tout le territoire tunisien contre le terrorisme, la violence et les meurtres », a indiqué l’UGTT, principale centrale syndicale tunisienne.

Dénonçant un «  crime odieux », la centrale syndicale a annoncé également «  l’organisation des funérailles nationales pour le martyr ».

Dans son histoire, l’UGTT qui revendique un demi-million d’adhérents n’a organisé que de rares grèves nationales : l’une en 1978 dont la répression a fait des dizaines de morts, et une autre, pendant deux heures le 14 janvier 2011, jour de la chute de Ben Ali.

La compagnie aérienne tunisienne et sa filiale Tunisair express ont pour leur part annoncé l’annulation de tous les vols programmés vendredi depuis et vers la Tunisie, en application à la grève générale en réaction à l’assassinat du député opposant Mohamed Brahmi.

Ces compagnies présentent des excuses à leurs passagers et les invitent à replanifier leurs vols «sans frais supplémentaire».

Deuxième assasinat du genre en six mois

Homme rond à la moustache touffue et au teint basané, Mohamed Brahmi, 58 ans, avait été élu député à Sidi Bouzid, le berceau de la révolution qui a renversé le régime de Ben Ali en 2011.

Très critique envers les islamistes au pouvoir, il avait démissionné le 7 juillet de son poste de secrétaire général du Mouvement populaire, mouvement qu’il a fondé, en déclarant que sa formation nationaliste de gauche avait été infiltrée par les islamistes.

L’assassinat de Mohamed Brahmi est le deuxième du genre après celui de l’opposant Chokri Belaïd, tué également par balles le 6 février devant son domicile. Le meurtre de ce dernier avait provoqué une grave crise politique dans le pays et conduit à la démission du chef du gouvernement.