Nathalie et Tineke, un couple parfait au Gaume Jazz

Un premier concert avec Old Jazzy Beat Mastazz sur la plaine de Rossignol pour la troisième journée du Gaume Jazz. Et c’est la pêche pour toute la journée. Le groupe de jeunes gens marie le rap, la soul, un soupçon de reggae et quelques évasions jazz avec deux MC’s qui scandent avec bonheur et un pianiste (électrique)-chanteur qui possède une belle voix de tête, très soul. Ca bouge avec dynamisme et élégance et ce qu’ils racontent au micro et au public n’est pas du tout stupide. Le soleil brille même si les nuages, parfois noirs, s’amoncellent au-dessus de Rossignol.

On a donc déjà la banane en s’installant dans le chapiteau pour applaudir Cruz Control. Le groupe est un héritier de Weather Report, Return to forever, du Miles Davis des années Bitches Brew. Julie Dehaye au Fender Rhodes, Jérôme Heiderscheidt à la basse, François Lourtie aux sax ténor et soprano, Jérôme Klein à la batterie déménagent avec élégance. Le son à la fois plein et éthéré du Fender Rhodes enveloppe leur musique d’une atmosphère parfois spatiale souvent urbaine, les sax déroulent des mélodies complexes, la basse impose le rythme en tissant ses phrases, la batterie colore l’ensemble. C’est la Fender Bass qui est au centre névralgique du groupe. C’est elle qui développe les phrases de référence sur des rythmes le plus souvent impairs, en cinq, sept ou neuf temps, les autres brossent des contrepoints et sculptent des ambiances.

Ca a l’air compliqué comme ça, et la musique de Cruz Control l’est, assurément. Mais elle ne prend pas la tête : il suffit de se laisser bercer par les couches de pigments, par les mélodies inattendues, par les syncopes soudaines, par les tapis musicaux. Oui oui, cette musique chaloupe agréablement, groove même sur leurs propres compositions ou une reprise du saxophoniste belge Bobby Jaspar. C’est subtil, explosif et fascinant.

Sublime Marine

Marine Horbaczewski a relevé le pari proposé par le boss du festival Jean-Pierre Bissot : jouer en solo, dans l’église de Rossignol. Et c’était magnifique. La frêle violoncelliste, habituée à être la musicienne qui accompagne nombre de groupes, est là seule sur scène. Et assure totalement. Elle joue du Ornette Coleman, du Bach, un morceau de Michel Massot (« D’une autre époque), du Debussy, du Bach encore, qu’elle arrange avec audace et bonheur, et ses propres compositions. La sonorité fait baroque au départ, mais Marine donne à la musique une autre dimension, contemporaine, parfois jazzy, toujours personnelle, osant des improvisations, se permettant aussi de s’emparer de classiques pour les marquer du sceau Horbaczewski.

Je ne sais plus qui a dit que le violoncelle était l’instrument le plus proche de la voix humaine. Et c’est vrai qu’à de certains moments romantiques, dans cette belle petite église, on pourrait croire que ce sont des anges qui en jouent. Mais non, c’est Marine Horbaczewski, pénétrée, intériorisée, toute à l’art de transmettre la beauté. Un moment magique, quasi spirituel.

Dans une autre salle, c’est le trio d’Amsterdam Kapok qui se produit, en même temps que la viloncelliste. Pas pu voir donc cet étrange trio cor, guitare, percussions. Ma compagne m’a fait l’éloge de ce groupe original. A revoir donc, si possible.

Des Loriers pour Postma

Et puis il y a Nathalie Loriers etTineke Postma. La saxophoniste néerlandaise s’associait pour la première fois à la pianiste belge, avec le contrebassiste Philippe Aerts pour parfaire le trio. Bravo à Jean-Pierre Bissot d’avoir compris tout ce que cette association pouvait avoir de formidable. C’est évidemment dû au talent des trois musiciens. Philippe Aerts, imperturbable, dans son rôle de phare qui assure la cohésion du trio et l’éclaire de son lyrisme. Tineke Postma, aux impros enthousiasmantes, évidentes, justes, à la sonorité légère et profonde. Et Nathalie Loriers, enjouée, magnifiée par cette rencontre, qui développe des impros superbes.

Est-ce l’absence de batterie qui laisse de l’espace aux trois musiciens ? Le trio s’est engouffré dans ces possibilités de ralentissement, d’accélération, libre de toute contrainte, sauf celle de l’harmonie évidemment. Pour la plupart, le concert s’est fait de compositions de Nathalie Loriers, de l’évidente « Canzonina » à la nouvelle ballade spécialement composée pour l’occasion, « Le peuple silencieux ». Le trio nous a montré le chemin de l’aventure et de la joie. Bravo.

L’autre aventure de la journée, c’était la carte blanche accordée à la pianisteEve Beuvens. Que celle-ci me pardonne, je lui ai fait faux bond. Il y avait, dimanche soir, au Brussels Summer Festival, le concert de Madness. La nostalgie l’a emporté sur la découverte, j’en suis encore un peu honteux. Enfin, j’avoue : pas vraiment. Ce concert fut fun de « One step beyond » à « Night Boat to Cairo ». Et quelle joie de voir la place des Palais tout entière pogoter sur « Our House »…

Jean-Claude Vantroyen