Syrie: on n’évitera pas l’intervention

On en est donc à un nouveau moment charnière de la guerre civile en Syrie : l’utilisation massive, non prouvée mais peu mise en doute, de l’arme chimique par le régime Assad contre sa propre population, suscitera-t-elle une réaction militaire occidentale ?

Le principe de l’intervention militaire est reconnu sur le plan international lorsqu’un État faillit à sa « responsabilité de protéger », et a fortiori lorsqu’il attaque lui-même sa population. Formulé ainsi, cela paraît très simple, mais ce n’est pas suffisant. Pour justifier une intervention militaire étrangère, on voudrait pouvoir se satisfaire de la seule motivation morale. Les esprits pragmatiques avanceront qu’il faut aussi réunir deux conditions. Premièrement, disposer d’un plan sérieux, réaliste et à long terme pour après l’intervention. Deuxièmement : obtenir, sinon le consensus, du moins un large soutien international : l’ONU est l’enceinte prévue pour cela.

Dans le cas de la Syrie, on énumère inlassablement depuis le début de ce conflit les nombreuses raisons de ne pas intervenir. Elles se résument à l’absence des deux conditions précitées. L’opposition de la Russie, membre du Conseil de sécurité disposant du droit de veto, empêche de prendre légalement la décision d’intervenir. Et l’absence de perspective d’installer un pouvoir représentatif, légitime et capable, rend toute intervention hautement périlleuse. Il n’y a aujourd’hui que des mauvaises solutions pour la Syrie : le maintien d’Assad, son renversement au profit des djihadistes – candidats pour l’instant les plus sérieux à occuper le vide – ou l’invasion et la prise de contrôle par une force étrangère. Une perspective, après l’Irak, totalement inimaginable. Mais ce raisonnement, basé sur l’absence de conditions à une intervention, revient à nier éternellement le motif moral : si ces conditions ne sont jamais réunies, cela signifie-t-il qu’un tyran peut assassiner sa population, disposant en quelque sorte d’une « licence de tuer » ?

L’invasion de l’Irak est rappelée jusqu’à la nausée comme l’argument négatif ultime. La comparaison est tragique pour les Syriens. Les Américains avaient envahi l’Irak sous prétexte d’armes de destruction massive qui n’y étaient pas, et ils y ont provoqué une guerre sectaire, cruelle, qui a dévasté le pays. En Syrie, les armes de destruction massive sont utilisées, et une guerre sectaire s’y est développée, sous l’afflux de djihadistes étrangers profitant de la passivité occidentale. On ne pourra continuer de nier la nécessité morale et stratégique d’intervenir en Syrie.