Charles Michel veut un «électrochoc» fiscal: baisser les impôts de 5 milliards

Entretien

Votre message de rentrée ?

Nous devons tous nous mobiliser pour un électrochoc de prospérité. Créer de la richesse, des emplois. Pour cela, il faut miser plus fortement sur la formation et là, c’est d’abord la tâche des gouvernements régionaux et communautaires – ils sont restés passifs. Mais il faut aussi, surtout, mettre en œuvre une baisse des impôts. Notre centre d’études a travaillé sur ce dossier cet été et nous pouvons affirmer que – sans prendre en compte le retour espéré de la croissance – nous pourrons tabler sur la création de 100.000 emplois. A condition de mettre en œuvre trois éléments significatifs, une réforme fiscale de 5 milliards.

Lesquels ?

Un : baisser l’impôt sur les PME. Nous sommes les champions d’Europe en termes de taxation du travail, comme des entreprises. Peut-être François Hollande a-t-il l’ambition de nous déborder sur ce terrain – on voit bien que quand les socialistes gouvernent de manière absolue, comme en France, ils ont une obsession fiscale –, mais selon nous, il faut agir en sens inverse. Nous voulons que l’impôt des sociétés pour les PME passe de 33,9 à 23 %. Avec une radicale simplification de la fiscalité. Deux : baisser l’impôt sur le travail. Il faut augmenter le salaire net, le salaire poche des personnes qui travaillent, pour lutter contre le piège à l’emploi. Concrètement, nous voulons augmenter de 200 euros net par mois la quotité exemptée d’impôt, soit la partie de rémunération qui n’est pas taxée. Par ailleurs, pour les tranches intermédiaires d’imposition (30 %, 40 %), nous voulons relever le seuil à partir duquel on commence à payer des impôts. Nous ciblons donc les bas et moyens salaires. Trois : réformer les droits de succession et de donation. Une réforme qui conduirait à réduire le prélèvement fiscal lorsque l’argent qui circule, ou le patrimoine, est réinvesti dans l’économie, dans une PME, un logement, etc. On crée de l’emploi, de la richesse, c’est positif pour l’Etat. Nous voulons ces baisses d’impôts et le MR sera déterminé à convaincre ses partenaires potentiels.

En attendant, c’est l’assainissement qui domine…

Un travail difficile et indispensable, et nous avons bien progressé cette législature : 20 milliards en deux ans…

La coprésidente d’Ecolo, Emily Hoyos, disait dans « Le Soir » ce week-end, que vouloir atteindre l’équilibre budgétaire en 2014, c’est plomber la Fédération Wallonie-Bruxelles, et avec elle l’enseignement.

Nous avons conclu des accords en juillet, en comité de concertation, en Comori aussi (Comité de mise en œuvre des réformes institutionnelles) où tous, fédéral et entités fédérées, se sont engagés à atteindre l’équilibre en 2014. Cette volonté politique a été exprimée notamment par le chef de gouvernement wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte, et j’imagine qu’il engageait l’ensemble de sa majorité : PS, CDH et Ecolo. Je ne veux pas mettre de l’huile sur le feu au sein de l’Olivier, mais en juillet, PS, CDH et Ecolo ont validé la trajectoire d’assainissement. Si ces efforts ne sont pas réalisés, à tous les étages, on obligera à saquer dans la sécurité sociale, les soins de santé et cela, comme libéral, je ne le veux pas.

La Fédération Wallonie-Bruxelles n’est pas à l’os ?

Quand on voit la multiplication des structures publiques et parapubliques en Wallonie, ou les dépenses du ministre Nollet à travers des subsides saupoudrés à des associations qui apportent une valeur ajoutée très discutable, on se dit qu’il y a des rationalisations possibles. Il faut avoir le courage de réduire ces dépenses.

Pour Hoyos, sur le plan budgétaire, le MR est une menace…

Ce qui est excessif est insignifiant. C’est la liberté d’Ecolo d’effectuer sa rentrée sous un angle politicien.

Quand s’appliqueraient vos baisses d’impôts ?

Tout ce que l’on peut continuer à faire dans les mois qui viennent, il faudra le faire, mais en respectant nos efforts d’assainissement. Donc, l’essentiel de la réforme fiscale pourra prendre son effet en 2014, quand nos déficits seront sous contrôle. Le message que je donne, c’est qu’en 2014, voter pour le MR, ce sera soutenir ces trois mesures fiscales phares, des réductions d’impôts de 5 milliards, qui seront réinjectés dans le développement économique, grâce aux nouvelles capacités d’investissement et de consommation générées.

Gros manque à gagner pour l’Etat…

Eternel débat. Quand on rend du pouvoir d’achat, il sera consommé, investi. On crée une dynamique de prospérité, d’emploi, et des recettes fiscales à terme. La réforme fiscale aura un effet retour, recréera de la croissance. Je suis prêt à mener ce débat avec tous les opposants politiques. Il aurait été malhonnête de dire, il y a deux ans, que l’on pouvait à la fois assainir et engager une réforme fiscale ; mais en 2014-2015, nous aurons repris le contrôle des déficits publics, stabilisé le pays, solidifié les fondations par des réformes structurelles en matière de chômage et de retraite, et nous pourrons alors enclencher la vitesse supérieure.

C’est votre conception de la « relance » ?

En effet. Pour moi, baisser les impôts, c’est le cœur de la relance économique.

Après deux ans d’assainissement, quand les élections s’annoncent, on reparle de baisse d’impôts…

Je l’ai dit, c’est grâce aux efforts d’assainissement et aux réformes structurelles, que l’on pourra le faire. Nous sortons du tunnel. Il faudra honorer nos derniers engagements dans les prochaines semaines, pour en sortir cette fois. Et les forces qui se disent progressistes, devraient être mues, elles aussi, par cette volonté d’assumer nos responsabilités et non de les reporter avec légèreté sur les générations futures.

Ces « forces progressistes » n’ont-elles pas assumé aussi l’assainissement ?

Si, et je salue le courage des ministres de gauche qui ont assumé pleinement l’accord de gouvernement de centre-droit !