«De nouvelles armes nucléaires en Belgique sont inacceptables pour Groen»

La révélation jeudi soir par la chaîne de télévision néerlandaise KRO, puis vendredi par les journaux belges Het Belang van Limburg et Gazet van Antwerpen, d’accords secrets entre les Pays-Bas et la Belgique d’une part et les États-Unis d’autre part pour le remplacement des actuelles ogives atomiques B-61 par un nouveau type de bombe a entraîné une levée de boucliers dans le monde politique, en particulier au sein de l’opposition. Si le ministère de la Défense s’est – comme à son habitude – refusé à tout commentaire, les écologistes du nord et du sud du pays ont rappelé leur opposition à l’armement nucléaire. «  De nouvelles armes nucléaires en Belgique sont inacceptables pour Groen », a affirmé le député vert Wouter De Vriendt dans un communiqué.

Le sénateur Ecolo Benoit Hellings (Ecolo) a pour sa part fait un parallèle avec l’armement chimique dont dispose la Syrie après l’utilisation présumée de gaz sarin le 21 août dans la banlieue de Damas. «  Dans le dossier syrien, le ministre MR des Affaires étrangères, Didier Reynders, faisait état dans un communiqué daté du 10 septembre dernier de la nécessité de détruire « l’ensemble de l’arsenal chimique syrien ainsi que des vecteurs destinés spécifiquement à l’utilisation d’armes chimiques ». Les armes nucléaires, tout comme les armes chimiques, sont des armes de destructions massives. Ce qui est vrai en Syrie est donc vrai ici. C’est la raison pour laquelle le gouvernement fédéral doit immédiatement rompre le secret entourant cet accord et le présenter devant le parlement pour en débattre », a affirmé le sénateur écologiste.

Une décision prise « sans débat parlementaire »

Quant au député N-VA Theo Francken, il a qualifié d’«  aberrant » le fait qu’une telle décision dans un dossier «  si important d’un point de vue éthique et militaro-technique » soit prise en cachette, «  sans débat parlementaire ». M. Francken a, tout comme Ecolo, dénoncé le fait que le ministre de la Défense, Pieter De Crem (CD&V), ait négocié un tel accord en secret alors que des personnalités de son parti, dont les anciens Premier ministres Jean-Luc Dehaene et Mark Eyskens ont publiquement souhaité le mois dernier que les bombes américaines aient quitté Kleine-Brogel d’ici au 6 août 2015, date du 70ème anniversaire du bombardement atomique sur la ville japonaise de Hiroshima, mais «  en accord avec l’Otan ». «  Si c’est vrai que le gouvernement a approuvé (le déploiement) d’armes nucléaires modernisées, c’est en contradiction avec tous les accords sur l’élimination de l’armement nucléaire tactique », a pour sa part déclaré le députe Dirk Van der Maelen (sp.a) à Het Belang van Limburg et Gazet van Antwerpen.

Selon la chaîne KRO, citant un rapport de la Cour des Comptes américaine (le « Government Accountability Office », GAO) daté de mai 2011, «  certains membres de l’OTAN » ont approuvé un accord secret avec les Etats-Unis relatif à la modernisation des armes nucléaires sur son territoire. La Belgique pourrait se trouver parmi ces pays, selon M. Hellings et Hans Kristensen, un expert de l’ONG Federation of American Scientists (FAS) faisant autorité en la matière. «  Cela concerne également la Belgique », a indiqué M. Kristensen depuis Washington, selon les deux quotidiens flamands.

Modernisation

L’administration du président américain Barack Obama – qui s’est déclaré partisan d’un monde sans arme nucléaires – projette depuis 2009 de poursuivre un programme de modernisation des bombes nucléaires tactiques de type B61, dont plusieurs centaines d’exemplaires seraient stationnés en Europe, et notamment en Belgique. Les B61 sont les plus anciennes armes nucléaires de l’arsenal américain, datant des années 1960 et dont certains composants, notamment des dispositifs de sécurité, requièrent une mise à jour. «  L’extension de la vie de ces bombes est essentielle pour fournir à nos alliés de l’OTAN un signe visible de notre engagement envers la dissuasion (nucléaire) et pour maintenir une capacité nucléaire stratégique aéroportée crédible », estime le Strategic Command (STRATCOM) américain.

Le Pentagone, appuyé par la Maison Blanche, souhaite moderniser cet engin d’ici 2017 pour lui permettre d’être emporté par le futur chasseur F-35, retenu par plusieurs pays européens – mais pas la Belgique – pour remplacer les actuels F-16. Selon le Strategic Command, la modernisation de cette bombe doit accroître sa fiabilité en améliorant l’armement et le tir. Le parachute qui l’équipe sera aussi supprimé pour permettre une «  séparation sûre », de l’avion en libérant de l’espace pour loger les dispositifs de sécurité. L’interface de l’engin sera aussi adaptée pour lui permettre d’être emportée par le F-35 et «  remplir les exigences de l’OTAN ».

Quatre des cinq versions des B61 en service seraient combinées en une seule, appelée B61 LEP (pour « Life Extension Program « ), selon le STRATCOM.