Les gardiens de prisons partent souvent en grève «pour des motifs non légitimes»

L’observatoire international des prisons (OIP) dénonce, dans sa dernière notice 2009-2013 sur l’état du système carcéral belge, un «recours abusif à la grève pour des motifs non légitimes», comme la volonté de voir imposer une sanction disciplinaire à un détenu ou de s’opposer à l’arrivée dans une prison d’un certain détenu. Les agents pénitentiaires sont excédés, à juste titre, par leurs conditions de travail mais le droit de faire grève «ne peut être absolu», estime l’OIP.

Service minimum

L’observatoire, une association dont l’objectif est de surveiller le respect des droits des personnes privées de liberté et de dénoncer publiquement les atteintes à ces droits, déplore également l’absence de mise en place d’un service minimum des agents pénitentiaires en Belgique qui serait, avec l’Albanie, le seul pays du Conseil de l’Europe à être dépourvu de ce système. «Le service minimum garanti en cas de grève n’a toujours pas été instauré et cette situation nous paraît inquiétante, la pression des syndicats des agents pénitentiaires allant en s’aggravant», constate encore l’OIP.

Nos prisons, des « zones de non droit »

Actuellement, les 36 prisons belges, que l’OIP qualifie de «zones de non-droit», comptent quelque 12.000 détenus pour une capacité d’un peu plus de 9.000 places. «Le nombre de détenus a augmenté de 7% en 2012. Au cours des trois dernières décennies, la capacité des prisons belges a augmenté de 50% mais on compte sur cette période 80% de détenus en plus. Les prisons sont surpeuplées et sont de plus en plus vétustes. Les prisons explosent, les détenus explosent», a souligné Juliette Moreau, présidente de la section belge de l’OIP, au cours d’une conférence de presse. Une situation qui contraint la Belgique à louer la prison de Tilburg, aux Pays-Bas. Dont coût: 38 millions d’euros par an, pointe l’observatoire pour qui la surpopulation carcérale est due à un recours «abusif» à la détention préventive, à l’allongement et à la multiplication des peines ainsi qu’à l’insuffisance du nombre d’octroi de libérations conditionnelles.

Aucune amélioration en cinq ans

Alors que dans sa précédente notice, datant de 2008, l’observatoire dénonçait, outre une «surpopulation galopante», des conditions de détention déplorables, le non-respect des normes d’hygiène et de santé élémentaires, la violence carcérale, les suicides, les conditions de détention «dramatiques» des internés, le détournement des normes législatives au profit d’une application «ultra sécuritaire» ou l’absence de mise en oeuvre du plan de détention prévu par la loi Dupont, la section belge de l’OIP constate que la situation ne s’est nullement améliorée cinq ans plus tard. Au contraire, «de nouveaux problèmes sont apparus». «On en est arrivé à un tel point que la cour d’appel a qualifié la détention à Forest de traitement inhumain et dégradant au regard de la Convention européenne des droits de l’Homme», constate Juliette Moreau.

La ministre de la Justice pointée du doigt

L’observatoire ne voit guère de motif de satisfaction dans la politique carcérale menée par le gouvernement et singulièrement par sa ministre de la Justice, Annemie Turtelboom, à laquelle l’OIP reproche un manque de dialogue avec les différents acteurs du monde carcéral. «Il faut travailler sur les causes de la surpopulation, il faut une solution globale. Or, la ministre rejette en bloc toutes les recommandations. La situation est grave», déplore l’OIP, tout en constatant que la condamnation de la Belgique à plusieurs reprises par diverses instances internationales, comme la Cour européenne des droits de l’Homme, n’a aucun effet sur la politique belge en matière carcérale.