11h02: prisons, «un besoin urgent d’une grande table ronde»

Quelle est la situation de nos prisons ?

L’OIP le dit lui-même, en cinq ans, peu de choses ont changé, sinon dans le mauvais sens.

Le nombre de détenus a augmenté en Belgique ? Ils sont 12.000 aujourd’hui.

En effet, ce nombre a augmenté de 7 % entre 2011 et 2012.

Comment expliquer une telle situation ?

Ce n’est pas particulier à la Belgique, c’est tout aussi catastrophique en France. Les pays nordiques par contre, sont souvent cités en exemple. En Belgique, on a un manque de gestion flagrant. Nous avons la crise, l’ouverture des frontières qui a fait naître d’autres types de délinquance. De multiples paramètres ont changé avec en toile de fond un immobilisme politique.

On parle d’un manque de communication avec la ministre de tutelle, Annemie Turtelboom.

C’est un monde qu’on ne veut pas voir, qu’on ne peut pas voir. La prison est nécessaire mais ce n’est pas une raison de traiter des délinquants comme des animaux. La privation de liberté n’implique pas de mesures complémentaires prises en matière disciplinaire qui sont souvent inappropriées.

Beaucoup pointent son manque de vision globale.

Annemie Turtelboom a une certaine rigueur, dans d’autres dossiers aussi. Nos ministres sont contraints de fonctionner dans des cadres budgétaires très fermés.

Les syndicats parlent d’un ministre des prisons. C’est une solution ?

C’est une idée de Michel Jacobs, syndicaliste CGSP. C’est vrai que la gestion de la prison mérite peut-être un ministre à temps plein. Symboliquement, ce serait une bonne chose.

Quel premier geste un tel ministre pourrait-il poser ?

Il faudrait qu’il organise une table ronde avec les intervenants de première ligne : personnel pénitentiaire, secteur médico-social, bref, les gens qui sont au contact permanent du milieu carcéral pour faire un état des lieux qui ne soit ni militant ni entaché de considérations politiques.

Faut-il assouplir les conditions de la détention préventive ?

Ce sont des gens placés sous mandat d’arrêt et réputés innocents jusqu’à leur procès. Ils tombent sous le régime de la privation de liberté pour des questions de sécurité publique. Ne pas les incarcérer relève de la pure science-fiction. 95 à 96 % de ces gens tombent par la suite sous le coup d’une condamnation. C’est une problématique compliquée, à entrées multiples.

Que pensez-vous de la dernière idée de Bart De Wever ?

C’est une idée irréalisable. Construire une prison coûte de l’argent. Cela voudrait dire qu’on installe sur le territoire marocain une sorte de bastion belge. C’est impensable. L’Italie a expérimenté cela en Albanie, ce fut un échec cuisant.

Pourquoi ne pas extrader les prisonniers étrangers ?

La Belgique a des conventions d’extradition avec différents pays, dont le Maroc. Mais il y a plusieurs conditions : certitude de nationalité, opérer un travail de réinsertion en raison d’attaches familiales sur place. Puis il faut que le pays soit d’accord d’accueillir le détenu chez lui.

La justice doit-elle être moins punitive ?

La prison reste nécessaire. Le tout est de donner du sens à une punition. L’objectif de la peine est de viser la réinsertion du détenu dans la société. Cela passe par un processus de reclassement qui comporte des études, un passage chez le psychologue, etc., comme il en existe en Norvège. Réinsérer, c’est agir en amont de la prison. Les gens en prison sont souvent des gens au parcours de vie extrêmement compliqué.

Les conditions de travail du personnel méritent aussi d’être améliorées ?

Ce n’est pas évident pour les gardiens de travailler dans des bâtiments délabrés dans des conditions déplorables. C’est aussi pénible pour eux que pour les détenus.

Les médecins de prison dénoncent eux aussi ces conditions de travail ?

Ils partent en grève de disponibilité. Ils ne sont plus payés depuis 5 mois. Qui accepterait cela ?