Shutdown, Syrie…: la vraie dégradation de la cote des États-Unis

V u de loin, il est très difficile de comprendre qui a perdu la tête. L’un des partis ? L’autre ? Les deux ? Nous tous ? Ou le Président ? » Ce n’était pas un humoriste américain qui posait cette question, il y a quelques jours, mais Claire McCaskill, une respectée sénatrice démocrate. Qu’une élue fédérale américaine évoque sans la moindre ironie les questions que le monde entier se pose sur la santé mentale des dirigeants américains, président inclus, donne la mesure d’un dérèglement inédit. Le chaos qui se prolonge du « shutdown », cette fermeture partielle des services fédéraux, est l’ultime symptôme de la dégradation de la crédibilité des Etats-Unis. L’agence de notation Standard & Poors avait dégradé leur note il y a deux ans : elle n’avait pas tort, puisqu’on en est à se demander aujourd’hui si une vingtaine de dingos républicains au Congrès finiront par pousser le pays vers un défaut de paiement, provoquant une crise aux Etats-Unis et dans le monde entier, à côté de laquelle la crise financière, déjà provoquée par les Etats-Unis, passera pour une anecdote.

On a coutume de pointer la perte du statut d’hyper-puissance des Etats-Unis. Le « shutdown » et le risque prochain de défaut, si le Congrès ne vote pas un relèvement du plafond de la dette, mettent plutôt en lumière l’érosion de la prévisibilité des mouvements du « paquebot » America. En deux ans, Washington nous offre la troisième grosse crise budgétaire, chacune dépassant la précédente dans l’extravagance.

Cette dégradation n’est pas seulement à l’œuvre en économie. En matière stratégique internationale, la parole américaine n’a plus la même cote qu’autrefois. Des exemples ? Après avoir exigé en 2010 le gel des constructions de colonies illégales en territoires occupés, Obama avait piteusement capitulé face au Premier ministre israélien Netanyahou qui s’était fichu comme d’une guigne de la parole du locataire de la Maison-Blanche. Et que dire de la Syrie : Barack Obama avait à peine annoncé cet été le lancement imminent d’une intervention punitive contre Bachar el-Assad, qu’il décidait ensuite de la soumettre au Congrès, avant de l’annuler lorsque la Russie eut proposé le démantèlement de l’arsenal chimique syrien.

Sur le plan géostratégique – économique ou militaire – la puissance réelle des Etats-Unis est loin de s’être affaiblie. Le PIB américain pèse 21,7 % du PIB mondial (la Chine suit à 11,4 %) et 24,8 % de la dette publique mondiale. Leur budget militaire, avec 689 milliards de dollars, est cinq fois supérieur au chinois.

On ne devrait pas devoir s’interroger sur la santé mentale de ceux qui sont à la barre d’une puissance pareille. Le poids de l’Amérique dans le monde lui fait jouer un rôle similaire à celui d’une quille sous un bateau. Mais aujourd’hui, le décalage entre le poids démesuré de ce pays et l’imprévisibilité de ses dirigeants en fait un danger d’un type nouveau. C’est la leçon la plus glaçante du « shutdown ».