Un jour beau comme un boson

Le prix Nobel est une distinction incomparable. Il fait l’immense fierté de celui qui le reçoit, de son institution – ici l’ULB –, mais aussi de tout le pays dont le lauréat est issu. Les prix scientifiques en particulier sont très beaux car ils sacrent un savoir, une abstraction, un élément fondamental né de l’intelligence de l’homme et de sa créativité, avec la complicité souvent du hasard.

C’est une forme de génie pur qui est reconnu, mais aussi la vertu d’une occupation devenue rare : la recherche, sans but matériel. C’est la reconnaissance d’une matière – la science – souvent confinée aux laboratoires et qui, soudain, reprend sa place naturelle, au centre de nos préoccupations. Car cette science-là, c’est à nous – notre destin, notre univers – qu’elle se consacre.

Mais le prix Nobel de physique attribué au Belge François Englert est fabuleusement important à deux autres titres : il sacre la recherche fondamentale, dans un pays – mais nous ne sommes pas le seul – qui considère de plus en plus que les budgets doivent être attribués aux chercheurs qui trouvent, et pas à ceux qui cherchent. En d’autres mots, à la recherche prédéterminée, qui répond à des besoins, des usages, des commercialisations, et non à celle qui part à l’aventure, fonctionne à la curiosité, s’interrogeant sur les ressorts et le pourquoi de ce monde. C’est ce voyage dans l’inconnu, sans licence d’exploitation à la clé, qui a produit les plus grandes étapes scientifiques utiles à la compréhension et à l’amélioration de l’homme, de son univers et de sa propre existence.

Il sacre la complexité et nous oblige à ne pas l’éviter, à nous y confronter, à en reconnaître la nécessité et à tenter de l’appréhender.

Cette phrase de François Englert, confiée à la Libre, il y a quelques mois, nous l’avons déjà citée, mais elle dit tout en nous mettant utilement en garde. « Je lis parfois sur les forums des gens dire de manière péremptoire : “A quoi ça sert (de connaître le boson, NDLR) ?” Or le mépris de la connaissance est un premier pas vers l’intolérance et le fascisme. L’anti-intellectualisme a permis d’amener les foules vers n’importe quelle horreur. »

Serait-ce bateau que de dire ce Nobel rend chaque Belge un peu épaté, un peu ébloui ?

Non. Mais ce prix suscite bien plus que la fierté du drapeau, car il délivre à chacun ce message qui veut que l’excellence est possible, que l’on peut décrocher la lune, qu’il est possible de réaliser de grandes choses.

C’est un dopant précieux, naturel, généreux pour ces particules humaines que nous sommes.