François Hollande au Soir: «L’Europe doit tirer les leçons de Lampedusa»

Dans l’interview accordée au Soir, le président français parle exclusivement de l’Europe, annonce une initiative avec l’Allemagne et ses propositions face au désastre de Lampedusa. Cet entretien a été accordé en ouverture du colloque « Réinventer l’Europe » qui se déroule à Bruxelles de jeudi à samedi, coorganisé par Le Soir, le Standaard et le Nouvel Observateur. Voici quelques extraits de cet entretien à paraître ce jeudi.

« Mes trois propositions sur Lampedusa »

« Ce drame interpelle toute l’Europe. Elle doit en tirer les leçons. L’Union ne peut tolérer de voir au large de ses côtes, des gens mourir dans des conditions épouvantables, pour fuir la misère ou les guerres. Ceux-là venaient d’Erythrée en passant par la Libye, d’autres de Tunisie ou d’Egypte !  », a déclaré François Hollande.

« Je proposerai dans les prochains jours une politique à nos partenaires qui s’articulerait autour du tryptique ‘Prévention, Solidarité, Protection’ :

– Prévention par une meilleure coopération avec les pays d’origine et un meilleur accueil des réfugiés au plus près des zones de conflit

– Solidarité par une politique euro-méditerranéenne beaucoup plus active en amplifiant encore le soutien aux pays des printemps arabes

– Protection avec un renforcement de la surveillance des frontières, qui est le rôle de l’agence européenne FRONTEX et une lutte plus efficace contre les passeurs.  »

« Il faut redonner du sens à l’Europe »

« L’Europe a surmonté la crise de la zone euro. C’est un pas important. Reste à relever le défi de la croissance et de l’emploi. Mais l’Europe c’est un esprit, une mentalité. C’est en étant européen que l’on donnera confiance dans l’Europe, c’est-à-dire en donnant une perspective, un sens et donc un contenu. L’heure n’est pas aux modifications institutionnelles mais aux choix politiques. »

« Si l’Europe ne retrouve pas le lien avec les nouvelles générations, l’idée qui l’avait fondée est perdue. Certes, l’Union demeurera, il y aura toujours des institutions, une Commission, un Parlement. Mais l’idéal européen aura disparu. »

« Les leaders des états membres doivent se placer au-dessus du niveau national. L’idée européenne doit être davantage revendiquée. Certes, ce n’est pas facile à 28 ! D’où la volonté de partir d’un noyau dur avec la zone euro et d’avancer plus vite avec les pays qui en décident librement. Je n’exclus personne, mais nous devons partir de l’eurozone. »

« La Belgique est un symbole »

« La Belgique est un pays fondateur de l’Europe. Elle lui est indispensable. Elle est aussi un symbole. Bruxelles est l’une des capitales de l’Union. Et le fédéralisme belge a pour l’instant résisté. C’est d’ailleurs un défi majeur car le populisme ne mine pas seulement la solidarité européenne mais aussi la cohésion nationale. »

Une collaboration franco-allemande

Hollande annonce une nouvelle initiative commune pour soutenir la croissance et l’emploi. « Je suis sûr que Mme Merkel est convaincue de la nécessité de prendre une initiative avec la France et de soutenir davantage la croissance et l’emploi. »