Van Rompuy: «Avant de réinventer l’Europe, il faut la sauver»

Un premier débat, et une première question : « Qu’est-ce qui a mal tourné ? »

Valéry Giscard d’Estaing, l’ancien président français, entamait le débat : « Non, l’Europe n’a pas mal tourné, elle a remarquablement bien marché ! ». Mais l’ancien président de la République estime que les « nombres » européens ont posé problème. « On a commencé à six pays, mais nous sommes aujourd’hui vingt-huit, et rien n’a changé. » L’Europe fonctionnerait toujours suivant ce modèle réduit, ce qui « n’est pas raisonnable ».

Jacques Delors est également revenu sur les grandes années européennes. « Je continue à penser que l’aventure européenne est l’une des aventures les plus extraordinaires du 20e et du 21e siècles », affirme-t-il. Mais il continuait ensuite en pointant du doigt les derniers compromis européens. « Ma plus grande déception de ces dernières années, est le budget pluriannuel européen riquiqui qui a été adopté par le sommet au printemps. ».

Les reproches commençaient à fuser envers L’Europe, au moment où l’unique dirigeant européen actuel présent dans ce débat – Herman Van Rompuy – prenait la parole. Position délicate, que de défendre seul le navire européen… Le président du Conseil européen insiste : « Bien sûr, j’aurais voulu un budget plus ambitieux. Mais nous avons donné la priorité aux projets d’avenir. »

Et face à l’idée de « Réinventer l’Europe », Herman Van Rompuy a enfilé le costume du réparateur : « Avant de réinventer l’Europe, il faut la sauver, et la retravailler. Depuis que je suis entré en fonction, nous avons dû construire un bateau en pleine tempête (la crise financière). Il y avait énormément de problèmes sous-jacents à la crise financière et à la crise de la dette de la zone euro. Pendant mon mandat, c’était le sauvetage. »

Une fois le sujet de la crise financière européenne sur le tapis, les trois « anciens » n’ont pas ménagé la gestion de ce dossier. « L’Europe n’a pas solutionné les fondements de la crise financière », s’exclame Felipe Gonzalez, qui prédit d’autres crises, du même ordre, à venir. Jacques Delors était plus tendre, même s’il a reconnu certains des excès : « L’euro était réellement menacé, et certains pays en mauvaise posture ». D’où la nécessité d’agir… Valéry Giscard d’Estaing de son côté n’y est pas allé par quatre chemins : « Il n’y a jamais eu de crise de l’euro. L’euro n’a jamais été menacé ! » Il préfère parler d’une crise de la Grèce, et d’une spéculation, qui « n’ont pas été gérées de façon experte. (…) Mais qui des dirigeants a une expertise financière et monétaire ? », interrogeait le professeur Giscard. Pour Felipe Gonzalez, « après les moments difficiles traversés, c’est le bon moment pour changer ! »

Vers le fédéralisme

Ce changement passera-t-il par une réforme structurelle de l’Union ? « Je suis partisan de la méthode communautaire, explique Jacques Delors. Avec une Commission européenne, qui se soucie de l’Europe au jour le jour, au lieu de dirigeants politiques qui n’y pensent qu’en se rasant toutes les six semaines, et à peine. Le modèle inter-gouvernemental a toujours échoué. » De son côté, Valéry Giscard d’Estaing prédisait l’avénement, un jour, du fédéralisme : « Il faut accepter l’idée qu’à la fin du processus, l’Europe sera fédérale. Il faut créer une véritable identité européenne, pour que l’on ne dise plus “je suis un Français européen” mais plutôt “je suis un Européen français”. »

Les invités de ce premier débat :

JACQUES DELORS (France), président de la Commission européenne (1985-1995), président fondateur de Notre Europe-Institut Jacques Delors

VALÉRY GISCARD D’ESTAING (France), président de la République (1974-1981)

Entretien vidéo avec l’ex-président français :

FELIPE GONZALEZ (Espagne), président du gouvernement (1982-1996)

HERMAN VAN ROMPUY (Belgique), président du Conseil européen