«Il faut construire non pas la culture européenne mais l’identité européenne»

Le débat a commencé avec Gérard Mortier qui estime que nous avons très peu de patience. L’Europe comme « mot » couvre toute une culture. Il précisait la nécessité d’expliquer l’Europe, avant de la réinventer. Or, selon lui, la conception qu’on en a est pervertie par le nationalisme du XIXe siècle, qui est pourtant un mouvement dépassé.

Gérard Mortier a poursuivi avec l’idée que le patrimoine serait une aide pour formuler des solutions pour le futur : « Je ne connais aucun mouvement européen qui s’est concentré sur un pays. L’Europe n’est pas une invention, elle a toujours existé ».

Eric-Emmanuel Schmitt a rebondi sur ces propos en affirmant que l’Europe culturelle existait avant l’Europe économique, et cela sans la peur des conflits. L’opposition entre le musée et le laboratoire serait dépassée. Il ajoutait que : « Dans ces lieux le passé à soudainement un avenir ».

Pour Fadila Laanan, ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et seule politicienne présente dans le débat, les deux pôles sont liés. La réelle question serait plutôt : « Y a-t-il réellement une culture européenne ? » L’Europe évoluerait dans un principe de subsidiarité, où les états doivent maintenir la culture et l’Europe ne ferait que fédérer ces cultures nationales. « Il faut construire non pas la culture européenne mais l’identité européenne », a ajouté Fadila Laanan. Et la ministre d’ajouter que la priorité pour l’avenir doit se trouver dans le domaine de l’éducation ; la solution pour que les citoyens deviennent actifs dans le domaine culturel.

Peter De Caluwe, le directeur général du Théâtre de la Monnaie, a poursuivi : « Il faut réinventer, réinterpréter ce que l’on connaît. Raconter ne suffit plus ». Selon lui, le principe d’harmonie est essentiel dans les métiers de la scène. Et cette harmonie ne serait pas inhérente au travail, elle devrait inspirer la façon dont on travaille. « On peut arriver à ce modèle harmonieux au niveau européen en se basant sur l’idée de la création artistique », a-t-il précisé. Selon Luuk Van Middelaar, philosophe : « L’Europe doit sa spécificité à son rapport au temps qui lui permet de lier le passé à son avenir ».

De ce débat sont ressorties différentes questions sur l’éducation, et sur celle d’une langue unique pour l’ensemble de l’Europe qui faciliterait l’unité culturelle. Eric-Emmanuel Schmitt a rebondi sur cette question, entonnant que « la littérature est un rapport à la langue, et chacun a une langue qu’il émet chez lui, avec ses émotions. L’Europe est riche car c’est une Europe de traduction. Il faut cultiver ces langues, tout en pratiquant les traductions ».

Cette référence à « l’exception culturelle européenne » s’est clôturée sur l’idée que cette exception devait, au contraire, devenir un exemple.