Que se passera-t-il si les Etats-Unis sont en défaut de paiement?

Si aucun accord n’est trouvé entre les Républicains et les Démocrates, les Etats-Unis ne pourront continuer de s’endetter légalement. Par conséquent, ils ne pourront honorer toutes leurs obligations financières.

Qu’est-ce que le plafond de la dette ?

Le plafond de la dette est une « ligne de crédit » maximale donnée depuis 1917 par le Congrès à l’exécutif américain. L’emprunt lancé à l’époque devait permettre de financier l’effort de la première guerre mondiale. Fonctionnant avec des déficits (3,9 % du PIB en 2013), l’Etat fédéral est obligé de continuer à emprunter pour financer ses dépenses, que ce soit la rémunération des bons du Trésor ou les pensions de retraite. Or, il ne peut en aucun cas dépasser le niveau du plafond de la dette sans l’aval du Capitole.

Lors des précédentes négociations, qui avaient conduit à la perte du triple A des Etats-Unis en août 2011, le plafond avait été fixé in extremis à 16 700 milliards de dollars. Une limite légale qui a été atteinte en mai dernier déjà. Mais des mesures « extraordinaires » ont permis au Trésor de continuer à emprunter.

A quelle date les Etats-Unis risquent-ils de faire défaut ?

Difficile à dire. Ce qui est certain c’est qu’au-delà du jeudi 17 octobre, le Trésor américain a prévenu qu’il sera totalement incapable d’emprunter. Et que ses ressources seront dès lors limitées à une trésorerie d’environ 30 milliards de dollars et aux rentrées fiscales subséquentes.

Nul ne sait toutefois la date exacte à laquelle le Trésor ne pourra plus assurer tous ses paiements (ce qui représenterait une première dans l’histoire des Etats-Unis). Le défaut pourrait intervenir n’importe quand après le 17 octobre, en fonction des variations quotidiennes de trésorerie. Une estimation du Bureau du budget du Congrès (CBO) place le jour J entre les 22 et 31 octobre.

Sur quoi buttent les négociations entre Républicains et Démocrates ?

Une loi d’une page, votée par le Congrès américain, suffirait à relever le plafond de la dette. Si tout le monde convient qu’un défaut de paiement serait catastrophique, les Républicains veulent profiter de l’échéance pour engager des réformes budgétaires, en particulier du système de retraite (Social Security) et des programmes d’assurance-maladie publics pour les plus de 65 ans et les plus démunis (Obamacare). Des programmes qui consomment 43 % du budget fédéral.

De son côté, Barack Obama refuse de négocier « avec un pistolet sur la tempe » et accuse ses adversaires d’irresponsabilité. Mais les Républicains rétorquent que c’est grâce à une stratégie identique que, par exemple, Bill Clinton consentit en son temps à des compromis budgétaires. Barack Obama lui-même fut forcé en août 2011 d’accepter la programmation de coupes budgétaires annuelles jusqu’en 2021.

Quelles seraient les conséquences d’un tel défaut ?

Un défaut, même partiel, de la première économie mondiale créerait un chaos international aux conséquences difficiles à prédire. Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), a estimé dimanche que les répercussions dépasseraient celles de la crise financière de 2008. L’OCDE, quant à elle, prévoit une replongée des pays développés en récession en 2014.

Selon Moody’s, seuls les intérêts de la dette sont toutefois directement menacés. Car lorsque les bons du Trésor ou les emprunts américains arrivent à échéance, ils peuvent être remplacés par de nouveaux sans que cela n’affecte l’encours de la dette. Soit le principal. Les premières échéances arrivent le 31 octobre (5,9 milliards de dollars), puis le 15 novembre (30,9 milliards). Toutefois, si les investisseurs ne veulent plus recycler l’argent des remboursements dans de nouveaux titres, le gouvernement ne pourra plus non plus honorer le principal.

Pékin, qui est le principal détenteur de la dette américaine après la Réserve fédérale (Fed) – avec 1,277 milliard de dollars de bons du Trésor recensés fin juillet –, a évoqué la semaine dernière « une crise lamentable » qui menace les réserves en dollars de nombreux pays. Dans un éditorial publié dimanche, l’agence de presse officielle Chine Nouvelle a souligné que le moment était peut-être venu d’envisager de « désaméricaniser » le monde. Elle en a appelé à la mise en œuvre d’un nouvel ordre mondial.

Selon Bloomberg néanmoins, les dirigeants des autres principaux pays détenteurs de la dette américaine (Japon, Inde, Russie et Arabie Saoudite) auraient exprimé leur confiance en les Etats-Unis pour payer leurs factures.« Le gouvernement et le congrès américains n’ont d’autre choix que de parvenir à une solution », a déclaré le ministre japonais des Finances Taro Aso sur Bloomberg TV en marge de la réunion annuelle du FMI qui s’est achevée dimanche à Washington. Quant au patron de la Banque centrale saoudienne Fahad Almubarak, il a assuré« que la crise actuelle et ses effets sur [nos] investissements n’allaient pas durer longtemps ».

Preuve d’une certaine confiance des investisseurs, les Etats-Unis devaient payer 2,71 % d’intérêt mardi après-midi pour emprunter à dix ans contre 3 % au début septembre. Et plus de 5 % en juillet 2007 avant que n’éclate la crise des subprimes.

N’en demeure pas moins que les représentants des banques centrales ont discuté ce week-end à Washington de la mise en place de plans visant à assurer le bon fonctionnement des marchés financiers en cas de défaut américain. D’après Bloomberg, il s’agirait alors – comme au lendemain de la faillite de Lehman Brothers en 2008 – d’assurer toute la liquidité nécessaire aux investisseurs, notamment en dollars. Le site d’information financière souligne toutefois que la dette du gouvernement américain (12 000 milliards de dollars) équivaut à 23 fois elle de la banque d’affaire au moment de sa faillite le 15 septembre 2008.

L’apocalypse est-elle possible ?

Ce n’est pas l’avis d’Alexandre Adler, sur Europe 1.