Gardien de prison: un métier tout en sécurité

Malgré un climat délétère, le milieu carcéral inspire toujours plus de vocations parmi les jeunes francophones peu diplômés.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 4 min

Alors que son inauguration est prévue pour ce jeudi, la CSC Services Publics fustige déjà les conditions de sécurité au sein de la nouvelle prison de Marche-en-Famenne. «  Les conditions actuelles de sécurité déficientes et le manque de personnel sont trop précaires pour rendre la prison fonctionnelle et accueillir les premiers détenus  », estime le syndicat qui, dans la foulée, a annoncé mardi qu’un préavis de grève avait été déposé. Poste de commandement non opérationnel, portes, speed gates et détecteurs périmétriques défaillants : autant de dysfonctionnements que dénonce la CSC alors que les 40 premiers « locataires » sont attendus pour le 4 novembre prochain.

Arrêt de travail, évasions, surpopulation, violences physiques et verbales : cela fait un bout de temps que la vie carcérale est rythmée par les incidents et les mouvements de protestation. De là à imaginer que les candidats matons ne se pressent pas au portillon, il n’y a qu’un pas…

Tout faux ! Car selon le rapport d’activité du Selor, pas moins de 36.356 Belges ont postulé en 2012 pour cette fonction. Ce n’est pas rien. Surtout : c’est 12.256 candidats de plus que l’année précédente (24.100 demandeurs). Un afflux qui s’explique par la sécurité et le confort que semble assurer le métier d’assistant de surveillance pénitentiaire (ASP). Ou plutôt, de manière plus générale, le secteur de l’administration fédérale : en 2012, le Selor a reçu 110.239 candidatures pour l’ensemble de ses services, soit 27 % de plus qu’en 2011 ! «  C’est vrai que ces dernières années, les médias n’ont cessé de relayer les grèves, les incidents et les évasions de prison. Et c’est dommage. Parce que ça donne une mauvaise image du gardien et une idée erronée de son profil  », analyse Stefanie Billiet, responsable Communication et Recrutement au Selor, qui se réjouit, du coup, du succès grandissant des séances d’information. « Une à deux fois par an, on organise une sélection “de masse” au Heysel.  » Pour tous les fonctionnaires fédéraux ? « Non, non. Rien que pour les agents pénitentiaires qui, depuis quelques années, font l’objet d’une procédure de sélection spécifique. » L’an dernier, 987 postes étaient à pourvoir au SPF Justice, qui s’inscrit comme le second plus gros employeur fédéral, derrière le SPF Finances (1.145 postes), mais devant l’Ordre judiciaire (500).

En novembre prochain, la future prison de Marche ouvrira donc ses portes aux premiers détenus, celle de Beveren et de Leuze n’étant attendues que pour 2014. Rien que pour le premier établissement, on parle de 300 postes à pourvoir. Ils étaient d’ailleurs déjà 350 candidats à s’être présentés à la première séance d’information organisée par le SPF Justice et la Maison de l’Emploi il y a tout juste un an. Parmi les postulants : quelques quadras et quinquas, désireux de réorienter leur carrière. Mais ils font plutôt figure d’exception (un candidat sur quatre seulement). Car le profil du gardien type, lui, n’a pas tant évolué. 23 % des postulants ont moins de 25 ans, 21 % ont entre 26 et 30 ans et 16 % ont entre 31 et 35 ans. En ce qui concerne leur niveau de qualification, 53 % des postulants sont détenteurs d’un diplôme de type C (enseignement secondaire), 47 % de type D (sans diplôme). Ceux-là doivent alors satisfaire aux tests d’aptitude du Selor. Plus surprenant : la majorité de ces futurs gardiens est francophone. Quatre candidats sur dix sont originaires du Hainaut ou de la région liégeoise, où le taux de chômage avoisine les 20 %. «  Par contre, on reçoit très peu de demande d’emploi venant de la région anversoise ou du nord de Bruxelles  », illustre encore Stefanie Billiet.

Bosser entre quatre murs, dans un milieu complexe et souvent hostile, n’effraie donc pas nos jeunes. Mais alors pourquoi est-il dès lors toujours question de pénurie de gardiens ? «  C’est vrai que, même avec autant de candidats, on n’arrive pas à combler tous les postes vacants. En réalité, très peu d’entre eux collent au profil. Nous, ce qu’on recherche, ce ne sont ni des machos ni des tyrans, mais des gens qui savent à la fois faire preuve d’autorité et d’empathie. Or ce qu’ils veulent avant tout, ces candidats, c’est décrocher un rôle dans l’administration. C’est l’effet crise ! Et à peine se frottent-ils à la réalité du terrain qu’ils comprennent que la prison, c’est quand même des conditions de travail très, très particulières…  »

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