Absentéisme scolaire: le «coup de pied au cul» fait polémique

Thierry Willemarck, le nouveau « patron des patrons bruxellois », a déclenché une vive polémique dans les milieux bruxellois en étalant son point de vue sur l’enseignement dans la capitale, dans une interview au journal L’Echo.

Le nouveau président de Beci a notamment expliqué qu’il comptait interpeller le politique sur les problèmes d’absentéisme. Sa solution : la suspension des allocations familiales pour exercer un « pouvoir coercitif ». « Il ne faut pas tourner autour du pot, on a toute une population d’origine maghrébine. Ils sont issus d’une culture différente et ils sont dans un environnement où – excusez-moi l’expression- il manque le coup de pied au cul ».

Céline Fremault, la ministre de l’Economie et de l’Emploi à Bruxelles, qui « déplore ces propos plus que maladroit », a d’ores et déjà fixé une rencontre avec Thierry Willemarck, ce vendredi après-midi, « pour clarifier la raison de telles déclarations interpellantes », a-t-elle annoncé par communiqué. Pour la ministre, « jouer sur le montant des allocations familiales (…) serait intolérable », à Bruxelles ou ailleurs, rappelant également les raisons du décrochage scolaire sont multiples et essentiellement liées géographiquement à des zones précarisées où les taux de chômage sont encore trop élevés. « C’est à ce problème qu’il faut s’attaquer en priorité », a-t-elle insisté.

La ministre de l’Economie et de l’Emploi à Bruxelles n’a pas été la seule à regretter les propos du nouveau « patron des patrons bruxellois ». Réactions.

Rudi Vervoort : « Des propos inadmissibles ». « Indigné », Rudi Vervoort s’est insurgé contre ces « propos simplistes et dangereux » qu’il « ne partage absolument pas ». « On ne construit pas une société en opposant les uns aux autres. Notre société a besoin de personnalités qui développent une vision fédératrice et positive qui donne de l’espoir à toute notre population et en particulier à notre jeunesse », a-t-il communiqué le ministre-président bruxellois qui attend désormais, de la part de Thierry Willemarck, « des mesures concrètes pour mener les jeunes à l’emploi, les motiver à trouver une voie professionnelle épanouissante, créatrice de richesse, de bien-être et de fierté ».

Laurette Onkelinx : « En colère ». Sur Facebook, Laurette Onkelinx s’est indignée des propos « inacceptables » de Thierry Willemarck qui sont « le reflet de sa totale méconnaissance du tissu économique bruxellois ». « Au vu de l’ampleur des défis économiques et sociaux que notre région doit relever, les patrons et les Bruxellois attendent autre chose de BECI que des invectives à caractère raciste et discriminatoire », poursuit-elle, appelant aussi à des « propositions concrètes et positives ». Pour Laurette Onkelinx, « ces propos devraient être examinés par le Centre pour l’égalité des Chances ! »

Karine Lalieux, échevine PS à Bruxelles-Ville : « Une mauvaise solution ».C’est une proposition que revient de temps en temps mais qui n’est rien d’autre qu’une solution de facilité qui ne résout en rien le problème de l’absentéisme. Ca a déjà été tenté en France mais ça a été abrogé. Si on veut vraiment lutter contre l’absentéisme scolaire, il faut aller à la rencontre des associations qui sont sur le terrain ; trouver le pourquoi de l’absentéisme ; réussir à rendre l’école attractive, etc.

Evelyne Huytebroeck (Ecolo), sur son site  : « En tant que ministre de la Jeunesse, je ne peux accepter ce type de caricature et de raccourcis qui jette le discrédit sur des jeunes bruxellois et leurs familles (…) En tant que représentant des entreprises bruxelloises, nous attendons du président du BECI qu’il jette des ponts entre le monde du travail, de la formation et de l’école plutôt que de stigmatiser grossièrement une catégorie de jeunes et par là les exclure ».

Alain Maron, député au Parlement bruxellois et Zakia Khattabi, Sénatrice (Ecolo) :« Nous ne reviendrons pas sur les aspects stigmatisant, paternalistes et insidieusement racistes de ces propos. Mais simplement sur le fait qu'ils illustrent une méconnaissance de quelques éléments factuels déterminants. Et que dès lors, ils sont avant tout stupides, à côté de la plaque. (...) Il faut continuer à investir pour améliorer l'accès à un enseignement de qualité pour toutes les familles, de toutes les origines sociales et culturelles. C'est un enjeu fondamental pour Bruxelles. (...) Mais faire porter la responsabilité sur les familles elles-mêmes, ce n'est rien de moins pour les décideurs qu'un moyen de se défausser de leurs propres responsabilités. Et BECI, organisation puissante à Bruxelles, fait partie des cercles de décideurs. (...) M. Willemark, vous êtes maintenant le représentant d'une association influente dont les membres sont d'une grande diversité culturelle comme sociale. Cela vous oblige à vous départir d'un discours de café du commerce et de jugements à l'emporte-pièce. Cela vous interdit de fonder vos analyses publiques sur vos propres préjugés personnels. Et, surtout, cela vous oblige à proposer de réelles solutions, pour lesquelles vous prenez des engagements impliquant l’organisation que vous représentez. Nous osons en tout cas espérer que vos propos aux relents populistes ne constituent pas le nouveau fonds de commerce de BECI. »

Ahmed Laaouej (PS), interrogé par La Capitale  : « Si je comprends M. Willemarck, c’est parce que ces jeunes sont de culture différente, qu’ils sont dans un environnement différent, qu’ils ont besoin d’un coup de cul, et donc que les déficits dans les familles sont le propre des jeunes maghrébins ? C’est raciste ! (…) M. Willemarck n’a rien compris à la nouvelle sociologie bruxelloise. C’est un zéro sur dix que je lui donne. »

Le Beci « cautionne, bien sûr ! »

Administrateur délégué de Beci, Olivier Wilocx dit cautionner les propos de Thierry Willemarck, même s’il reconnaît une certaine maladresse dans leur formulation. « Bien sûr qu’on les cautionne », explique-t-il. « Si quelqu’un doutait que c’était un ouest-Flamand et qui avait un franc-parler, il est fixé. Thierry Willemarck souligne un vrai problème plus particulier à Bruxelles, à savoir qu’on ne peut pas garantir que les enfants en âge d’être scolarisés fréquentent effectivement l’école ou même qu’ils y sont inscrits. Au XXIe siècle, il ne me semble pas idiot de croiser les allocations familiales avec l’inscription à l’école. L’obligation scolaire n’est pas un discours de droite ou de gauche. Aujourd’hui, on a un décrochage scolaire qui n’est pas géré en Communauté française, surtout à Bruxelles »

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