Xavier Bettel pressenti comme le nouveau premier ministre du Luxembourg

Jean-Claude Juncker, 30 ans au gouvernement dont presque 19 au poste de premier ministre, out ? Cette perspective, certains Luxembourgeois, à lire les réactions des internautes, la vivent comme un tremblement de terre. Et pourtant. A l’issue des élections anticipées de dimanche dernier, le Grand-Duché se dirige vers une coalition gouvernementale inédite réunissant le Parti socialiste, le Parti démocrate (libéraux) et les Verts. Ils commandent ensemble une faible majorité de 32 sur 60 sièges au Parlement. Après avoir obtenu le mandat de négocier un pacte, les trois partis se réunissent cet après-midi pour définir les modalités.

La veille, l’« inoxydable » Jean-Claude Juncker, 59 ans et doyen des dirigeants européens, a soumis sa démission au Grand-Duc Henri. Le chef de l’Etat doit rencontrer ce mardi les dirigeants de toutes les formations politiques et désigner l’un d’entre eux pour former le prochain gouvernement. A l’issue des élections de 2009, le Parti chrétien social s’était allié avec les socialistes pour diriger le pays. Cette alliance s’est brisée en juin. Après l’éclatement de plusieurs scandales, dont celui des écoutes téléphoniques par les services des renseignements qui étaient directement sous la responsabilité du premier ministre, les Socialistes se sont retirés du gouvernement, d’où les élections anticipées de dimanche.

Les chrétiens-sociaux ont décroché 23 sièges (27 au précédent législatif), confirmant tout de même leur position de principale formation politique au Luxembourg. Dès lors, Jean-Claude Juncker a revendiqué, dès dimanche soir, le rôle de formateur du prochain gouvernement. Il a même publiquement félicité les Libéraux pour leur progression (13 sièges contre 9 en 2009), les invitant tacitement à le rejoindre pour former la prochaine coalition gouvernementale. Les chrétiens-sociaux ont dirigé le pays sans interruption depuis 1944, sauf entre 1974 et 1979 lorsque les socialistes s’étaient alliés avec les libéraux.

Bettel : « Il faut une autre politique pour sortir le pays de la crise »

Depuis lundi soir, tout indique que Xavier Bettel, président des libéraux, sera le nouveau premier ministre. Son parti a réussi la plus grande percée politique, ce qu’a reconnu le Parti socialiste qui, lui, a enregistré un léger recul. «  Nous sommes les vainqueurs du jour, déclarait-il dimanche soir. Nous allons prendre nos responsabilités. Il faut une autre politique pour sortir le pays de la crise. »

Plutôt inconnu à l’étranger, Xavier Bettel est l’étoile montante du paysage politique luxembourgeois. Elu député pour la première fois en 1999, il est devenu bourgmestre (maire) de la capitale en 2011. Maîtrise en droit public et du droit européen, un diplôme en droit maritime et un autre en droit ecclésiastique ainsi qu’un diplôme d’études approfondies (DEA) en droit public et en sciences politiques, et connaissant bien les arcanes de l’administration publique, il s’apprête, à 40 ans, à devenir l’un des plus jeunes chefs de gouvernement en Europe.

Selon le quotidien luxembourgeois L’Essentiel qui cite l’une de ses amies d’enfance, Xavier Bettel est «  exubérant, bavard, sensible, ouvert sur les autres. Pour les adultes de ma famille, il était le gendre idéal. Il a conservé cette incroyable capacité à graver le moindre visage dans sa mémoire ». Xavier Bettel n’a jamais fait mystère de son homosexualité. Interrogé par un quotidien en 2011 lorsqu’il allait devenir bourgmestre de Luxembourg, il répondait : «  Je refuse de considérer cet aspect de ma personnalité comme un élément déterminant de mon action politique. J’ai ma sensibilité, et parfois, j’ai la larme à l’œil, et alors ? »

Les internautes s’inquiètent : « Le Luxembourg va devenir comme la Grèce »

«  Donnez les clefs du chef à un incapable, car son bilan de bourgmestre est à jeter aux ordures, est effrayant pour le Luxembourg. Notre pays va connaître une période plus ridicule que ne l’ont connu la France sous Sarko et Flamby et l’Italie sous Berlu. Pauvre Luxembourg qui deviendra la Grèce bis d’ici quelques années. » : depuis hier certains internautes se déchaînent contre Xavier Bettel. En mars 2013, soit à une année de la fin de la législature, l’un des spécialistes de la politique luxembourgeoise, n’était pas très tendre non plus : «  Il est difficile de cerner ses positions. Sans doute même en change-t-il en fonction de son public. Il est plutôt adepte d’une politique clientéliste et serait même prêt lui-même à venir réparer un trottoir devant la maison d’un électeur ». Selon lui, sa popularité tient davantage à sa personnalité qu’à ses positions politiques.

Négociations terminées ce mardi après-midi ?

La perspective d’une coalition tricolore n’est pas nouvelle. Elle était dans l’air durant la campagne électorale. Etienne Schneider, président du Parti socialiste qui était donné comme son éventuel chef de file, a renoncé en faveur de Xavier Bettel, un ami d’enfance. «  Je lui reproche parfois de critiquer l’action du gouvernement sans connaître les détails des sujets ou bien en sachant pertinemment bien que nous n’avions pas d’autre choix que celui qui a été retenu, disait-il en mars en tant que ministre de l’Economie. Au-delà des critiques adressées au gouvernement, le Parti libéral me déçoit dans l’ensemble, car il ne propose pas d’alternatives. » Plus récemment, le socialiste a toutefois déclaré apprécier le franc-parler de son nouvel allié politique.

Si les négociations de cet après-midi entre les Libéraux, les Socialistes et les Verts sont concluantes, Xavier Bettel sera le nouveau premier ministre de Luxembourg.