Malgré les hausses des pensions, le risque de pauvreté ne baisse pas

Le gouvernement Di Rupo, et ses prédécesseurs, n’ont eu de cesse de relever les pensions les plus basses, ainsi que la garantie de revenus aux personnes âgées (Grapa), l’aide sociale à laquelle les aînés ont droit quand ils n’ont pas d’autre revenu. « Entre 2000 et 2012, cette aide sociale a augmenté de 36 % en termes réels, ce qui représente une hausse moyenne annuelle de 2,6 % au-delà de l’inflation », relève le Bureau du plan, le conseiller économique du gouvernement dans une étude publiée cette semaine sur le site du Service public fédérale de la Sécurité sociale.

Mais ces hausses ne semblent pas éloigner le risque de pauvreté auquel sont exposées un grand nombre de personnes âgées. Leur proportion n’a que très peu varié, malgré les augmentations de l’aide. « Entre 2003 et 2010, le pourcentage de personnes en situation de risque de pauvreté est passé de 21 % à 20,2 %, en passant par un maximum de 23,2 % en 2005, relève le Bureau du plan. Dans l’ensemble le risque de pauvreté n’a donc diminué que très légèrement pendant la période 2003-2010. » L’institution a toutefois constaté une baisse de l’intensité de la pauvreté. En d’autres termes, un certain nombre de personnes âgées restent pauvres, mais le sont moins qu’avant les hausses de l’aide.

Les politiques publiques pour sortir de la précarité les plus de 65 ans exposés seraient-elles inefficaces ? Le rapport émet cette hypothèse. « Les revenus des personnes âgées les plus pauvres sont-ils insuffisamment soutenus par les mimina sociaux ? », se demande l’institution, sans répondre de manière tranchée.

D’autres problèmes expliquent ce paradoxe. Ainsi, le rapport relève que des personnes qui ont effectivement droit au revenu minimum garanti (Grapa) n’en font pas la demande. « Ce cas de non-recours est probablement un phénomène important », dit l’étude.

Ceci peut expliquer pourquoi des personnes se trouvent largement en dessous du niveau de pauvreté alors que l’aide à laquelle elles ont légalement droit devrait les en rapprocher davantage, voire leur faire passer le seuil fatidique.

En Belgique, l’Office national des pensions identifie en principe automatiquement les personnes qui ont droit à cette aide, mais il apparaît que les outils informatiques laissent passer des bénéficiaires, qui, de leur côté, n’introduisent pas de demande.

Enfin, et ce n’est pas négligeable, le Bureau du plan relève aussi des biais statistiques. Il semble que la mesure du risque de pauvreté, qui relève du niveau européen, ne prenne pas en compte certains paramètres inclus pour l’octroi en Belgique de l’aide aux personnes âgées. Ainsi, par exemple, en Belgique, les autorités prennent en compte le revenu cadastral pour mesurer si une personne a droit à l’aide aux personnes âgées. Au niveau européen, ce revenu n’est pas pris en considération pour mesurer le risque de pauvreté. Ceci explique qu’on peut ne pas avoir droit à l’aide aux personnes âgées, et se trouver en même temps en risque de pauvreté au niveau européen. Ces cas ne seraient toutefois pas légion, et n’expliquent en tout cas pas en totalité pourquoi des personnes restent en risque de pauvreté malgré les hausses de l’aide aux personnes âgées. L’inefficacité des politiques publiques et la non-réclamation de l’aide restent des hypothèses privilégiées.

Du côté du cabinet du ministre des Pensions, on insiste justement sur le biais statistique. « Les statistiques européennes de risque de pauvreté ne tiennent pas compte du revenu cadastral et de la propriété de la maison. Or c’est un élément essentiel, indique le porte-parole du ministre des Pensions, Alexander De Croo. Si l’on ajoute aux revenus ces éléments, le risque de pauvreté diminue de moitié, et est même inférieur pour les personnes âgées par rapport à celui du reste de la population. »

Le cabinet insiste aussi sur le fait que le gouvernement a déjà relevé les pensions les plus basses « et continuera à le faire. »

Le cabinet indique aussi que les personnes qui ont beaucoup travaillé ont une pension plus élevée. « Les personnes qui ont recours à l’aide aux personnes âgées ont souvent des carrières courtes ou fragmentées », dit le cabinet.