L’Allemagne et la France sur écoute: «Les choses doivent changer»

Établir un code de bonne conduite entre alliés américain et européens en matière d’espionnage : c’est l’objectif que se sont fixés l’Allemagne et la France en lançant une initiative de dialogue avec les États-Unis, qu’ils ont présentée jeudi soir à leurs collègues du Conseil européen. « Les relations entre l’Europe et les États-Unis sont étroites, mais elles doivent être basées sur la confiance et le respect mutuels », ont martelé Angela Merkel et François Hollande, « et cela doit concerner également les services de renseignement  ». L’initiative franco-allemande a été décidée par les deux dirigeants juste avant le début du sommet, mais elle est ouverte à tout autre État membre qui souhaiterait s’y joindre. Le premier ministre Elio Di Rupo a annoncé que la Belgique, « qui comme quelques autres a également été confrontée à de sérieux problèmes [d’intrusions cybernétiques], se joindra à l’initiative franco-allemande  ».

Les leaders européens réunis en sommet au bâtiment Juste Lipse, à Bruxelles, ont visiblement pris le temps nécessaire pour discuter et se mettre au diapason, après les révélations successives, mercredi et jeudi, d’opérations d’espionnage à grande échelle de la NSA américaine sur la France, et de la mise sur écoute du téléphone portable de la chancelière allemande.

« Les choses doivent changer à l’avenir, et radicalement  », disait Angela Merkel au sujet des relations en matière de sécurité avec les Etats-Unis, tandis que François Hollande déclarait à la presse qu’il y a « un coup d’arrêt à porter, et des clarifications à exiger ». « Les services de renseignement sont des éléments vitaux pour combattre le terrorisme  », disait quant à lui Elio Di Rupo après la première soirée du Sommet, reprenant les termes précis convenus avec ses collègues, « mais nous demandons une meilleure relation entre les services européens et américains, ainsi qu’entre les services européens eux-mêmes.  »

« Une méthode de travail » et des « normes et des standards »

Au bout du compte, les Européens veulent mettre en place avec les Américains « une méthode de travail  », des « normes et des standards  » communs pour éviter que « des pays alliés s’espionnent  ». Lors de sa conférence de presse, la chancelière pointait que « des soldats allemands et américains sont morts dans des batailles communes, la surveillance mutuelle ne devrait donc pas constituer un souci pour des alliés pareils. »

Faisant plusieurs fois allusion aux récentes attaques dont la Belgique a été victime – on pense aussi à Belgacom – Elio Di Rupo a indiqué n’avoir «  accusé personne, tant que je n’ai pas d’indications précises du parquet fédéral. Mais il est de notre intérêt de participer à l’initiative franco-allemande. » Dans quel esprit peut-on négocier avec les États-Unis ? « Il faut tourner une page, et en écrire une autre », répond le Premier ministre, qui semblait faire le lien entre ce dernier pays et les attaques cybernétiques récentes sur le sol belge : « Y avait-il volonté de nuire ? Ce n’est pas prouvé. Mais il y avait visiblement volonté de surveillance. Ils n’opéraient pas pour détruire, mais pour savoir. » Mais l’esprit semble évoluer chez les Américains, indiquait Elio Di Rupo, évoquant des propos récents du président Barack Obama et du secrétaire d’État John Kerry, empreints de « bonne volonté »…

Contrairement à ce qu’on avait pu penser, les dirigeants européens, emmenés par Angela Merkel et François Hollande (le Britannique Cameron, allié traditionnel des États-Unis, semblait complètement étranger à « l’initiative ») ont donc décidé de mettre une bonne fois pour toutes les choses au clair avec les Américains. Avec le souci de ne pas mettre en cause l’alliance fondamentale avec les USA, mais aussi avec la volonté de cesser de se faire rouler dans la farine. Pas question, toutefois, de suspendre la négociation du grand accord transatlantique de libre-échange, comme l’avait proposé en journée Martin Schulz, le président du parlement européen : « Car quand vous quittez la pièce de négociation, vous devez ensuite trouver le moyen d’y revenir », expliquait la chancelière.