L’argent du roi crée le malaise

L’argent de la monarchie ! Ce sujet-là, lorsqu’on est roi, reine, prince ou princesse, ne peut absolument pas être polémique. C’est l’un de ceux qui fâchent et qui, à chaque fois, mettent en péril l’institution : pour survivre, celle-ci doit montrer une apparence de « frugalité », ou à tout le moins, se « contenter » de ce qui lui est accordé par l’Etat. A chaque fois ces derniers temps qu’il a été question de finances royales excessives ou non transparentes – Fabiola, Laurent –, la monarchie belge a perdu en crédit et en prérogatives. C’est dire si le fait qu’Albert II, roi à la retraite, réclame un supplément indirect à la dotation qui a été négociée avec le Premier ministre et votée au Parlement, paraît déplacé et suscite le malaise. A trois titres.

Sur le fond. Par ces temps de crise où chacun regarde à ses dépenses, les soucis de fin de mois d’un roi et d’une reine qui disposent d’une dotation de 923.000 euros, apparaissent déplacés. D’autant que la marge pour réduire le train de vie existe. Il ne faut pas être populiste : des ex-souverains méritent d’être traités d’une manière adéquate, mais il y a ici visiblement du gras, avant de demander une adaptation.

Sur le plan tactique. Venir polluer à peine quelques semaines après l’abdication, le tout jeune règne de son successeur, Philippe – il terminait hier ses Joyeuses Entrées – est extrêmement maladroit et aussi très égoïste. Ce qui est demandé aujourd’hui à l’ancien roi est de tout faire pour préserver l’entrée en matière de son fils et de lui éviter tout ennui superfétatoire.

Dans le contexte. La crise économique frappe aussi en Belgique. Le gouvernement se demande tous les trois mois comment tenir dans l’épure budgétaire et tente de grappiller quelques moyens pour un effort de relance. La liste de ceux qui devraient recevoir plus, institutions ou individus, est longue. Il est donc difficilement concevable, dans de telles conditions, d’ajouter sur cette liste les noms d’Albert et Paola. Il devrait même être évident pour l’ex-souverain que ce sujet ne peut pas être évoqué. Qui peut aujourd’hui se permettre d’ignorer le monde dans lequel se débattent « les gens » ?

À moins de l’oubli d’une dépense fondamentale ou d’une lourde erreur de calcul, que Di Rupo communiquerait en toute transparence – ce que rien n’indique aujourd’hui –, aucun élément ne justifie de modifier la dotation royale négociée au cœur de l’été.