L’index nuit à la santé des entreprises

L’indexation des salaires, ce mécanisme qui adapte automatiquement les rémunérations au coût de la vie est-il nuisible aux entreprises ? L’argument est évoqué avec insistance par les milieux patronaux, par de grandes organisations internationales (FMI, OCDE) et par des économistes. Mais étrangement, en Belgique, aucune étude n’a jamais vérifié si c’était vrai…

L’Université catholique de Louvain a réalisé cet exercice périlleux. Les chercheurs de l’Ires ont tenté de mesurer l’impact d’une hausse des prix pétroliers sur la compétitivité des entreprises belges.

Une hausse des prix du pétrole, en Belgique, entraîne une augmentation automatique des rémunérations, car ces produits sont partiellement repris dans l’indice-santé. Les salaires des entreprises belges vont donc augmenter. Dans les pays voisins, ce n’est pas le cas, car l’adaptation n’est pas automatique, elle dépend de négociations sociales qui ont lieu périodiquement (parfois au bout de deux ans). Donc, durant une certaine période, les salaires belges sont plus élevés que dans les pays où l’adaptation n’a pas encore eu lieu. Et c’est durant cette période, de deux ou trois ans que la Belgique est pénalisée : ses salaires sont plus élevés.

Pas de recommandations politiques

A l’aide de plusieurs modèles, les chercheurs démontrent ainsi que l’indexation automatique des salaires nuit à la compétitivité. « A court terme, la compétitivité tend à se détériorer. L’impact à court terme tend à persister suffisamment longtemps pour entraîner des pertes de parts de marché », dit l’étude. Cet écart est compensé progressivement par la suite, car l’écart de compétitivité dû aux hausses des prix du pétrole se résorbe et a presque disparu sur un horizon de cinq à six ans. « L’indexation n’est pas un facteur déterminant de l’évolution à long terme de la compétitivité belge », dit l’étude.

Les défenseurs de l’indexation dans sa forme actuelle plaideront que si l’écart se réduit sur le long terme, cela ne pose pas de problème. Le hic, c’est que le délai durant lequel la Belgique présente un handicap peut provoquer des délocalisations ou des pertes de clientèle pour les entreprises. « L’étude n’a pas mesuré ce point précis, mais vu le délai durant lequel l’écart de compétitivité subsiste, il peut y avoir des pertes de parts de marchés. Si cela durait seulement quelques mois, ce ne serait pas le cas, mais dans le cas présent, c’est problématique », précise Vincent Bodart, un des auteurs.

L’étude se garde bien de tirer des recommandations politiques. « Ce serait inopportun, car nous n’avons mesuré qu’une chose : l’impact de l’indexation des salaires sur la compétitivité. Or l’indexation a d’autres aspects qui ne sont pas étudiés ici, comme la préservation du pouvoir d’achat. » Vincent Bodart suggère toutefois une réforme si l’on voulait réformer l’index uniquement pour régler le problème de la compétitivité. « Dans ce cas-là, on pourrait prévoir une suspension de l’indexation automatique durant les périodes de chocs pétroliers. » Cela permettrait de maintenir les salaires au niveau de ceux des pays voisins. Nul doute que cette nouvelle étude alimentera les débats, à l’heure où le gouvernement planche sur la compétitivité des entreprises, et où patrons et syndicats tentent de s’entendre sur une grande réforme de l’indexation automatique des salaires.