L’exercice physique est plus efficace à jeun

M a conclusion principale ? Qu’il faut ouvrir les salles de sport plus tôt le matin ! Car les résultats de notre étude montrent que les résultats sportifs sont meilleurs quand nous sommes à jeun. » Une conclusion originale pour une recherche menée par le professeur Marc Francaux, spécialiste de la physiologie de l’exercice et professeur à l’Institut des neurosciences de l’UCL. Une expérience menée chez des souris, mais en cours de confirmation chez les humains, montre qu’un mécanisme complexe d’autophagie se déclenche et s’intensifie quand la personne est à jeun et qu’elle pratique de l’exercice, remplissant une sorte de mécanisme de « nettoyage » des protéines et des organites, ces différentes structures spécialisées contenues dans le cytoplasme de la cellule.

Pourtant, l’autophagie, littéralement « se manger soi-même », est généralement associée à la maladie ou à la dégradation. « C’est vrai si on ne se reconstruit pas dans la foulée. Mais nous avons démontré pour la première fois que ce système était activé dans le muscle des sportifs ayant réalisé des exercices d’ultra-endurance. L’effectuer à jeun est une pratique que les sportifs ont mise au point pour améliorer leur performance. Mais qui est confirmée par les observations moléculaires. Ce que nous démontrons aujourd’hui, c’est que ce mécanisme d’autophagie débute dès le niveau d’un exercice modéré, accessible à Monsieur Tout-le-monde. L’idée est d’optimiser les résultats d’un exercice physique. Aujourd’hui chacun manque de temps. Il n’est donc pas sans intérêt de savoir si le moment où l’exercice est pratiqué influence l’efficacité de celui-ci. Or nous avons trouvé une amplitude augmentée de 50 % de ce mécanisme d’autophagie quand les sujets effectuent l’exercice l’estomac vide par rapport au même exercice effectué après un repas », explique le chercheur, qui publie ses résultats dans la revue de l’American Journal Physiological Society.

Une reconstruction via les nutriments ingérés

« L’autophagie est donc activée de manière transitoire et élimine les éléments non fonctionnels de l’organisme. Après l’exercice, celui-ci va puiser dans les nutriments disponibles pour reconstruire les structures cellulaires. Il faut donc lui fournir un repas complet et équilibré, fait d’hydrates de carbone, de protéines et de bonnes graisses. D’autres chercheurs ont par exemple déjà montré que l’absence d’autophagie dans les muscles conduisait à des myopathies. »

Pour le chercheur, l’exercice physique correspond « à un stress, à une rupture de l’équilibre, qui est ensuite rétabli par l’organisme. Mais on voit que ce mécanisme cible les parties non fonctionnelles de la cellule. Il implique une voie de signalement qui est pilotée par l’insuline, une hormone dont la production est précisément augmentée lors de la digestion, et qui pilote elle-même le système M-Tor, un inhibiteur de la dégradation contrôlée. C’est la diminution de l’insuline qui provoque le déclenchement de l’autophagie ».

Mais est-ce que cette autophagie n’est pas dangereuse ? « Elle est pratiquée sans danger par des athlètes depuis des années. Il y a reconstruction instantanée. Il n’est pas ici question de jeûne prolongé, mais totalement transitoire. Ce que nous avons trouvé, c’est le mécanisme qui sous-tend cette pratique. Et la preuve qu’elle peut être appliquée dès un niveau plus modeste d’exercice, comme une heure de jogging le matin. Ce n’est pas nécessairement agréable. C’est plus stressant et plus pénible de faire l’exercice à jeun. Maintenir vitesse et rythme sera plus difficile, l’essoufflement plus rapide. En fait, c’est un écho physiologique du mécanisme moléculaire à l’œuvre. »

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