Euthanasie: une extension indispensable et urgente

Il faut saluer le fait que ce mercredi, la commission du Sénat passe au vote sur l’extension aux mineurs, de la loi sur l’euthanasie. On a longtemps craint que le sujet soit reporté : il n’était pas prévu au programme de cette législature, le débat préalable aurait été chaotique et trop bref. Ces raisons ne tiennent pas car le débat a eu lieu mais, surtout, un éventuel vote en Commission ne le clôt pas car le chemin parlementaire est encore très long. Certains disent qu’il serait trop tôt pour étendre la portée d’une loi qui n’a que 11 ans, et dont on n’aurait pas encore bien analysé le fonctionnement. Qu’on améliore urgemment alors ce suivi et qu’on se donne les moyens d’effectuer ce bilan pertinent. Mais il est une souffrance qui ne peut attendre qu’on « perfectionne » le dispositif : celle des enfants confrontés à une souffrance intolérable et à une maladie incurable, assortie au désarroi total de leurs parents et des médecins arrivés au bout de leurs réponses.

Le fait que le vote éventuel soit obtenu ce mercredi au Sénat par une majorité alternative n’est pas non plus un motif d’y surseoir ou de le délégitimer. Les questions éthiques échappent en Belgique à l’affrontement particratique : c’est l’une des choses qui fait l’exemplarité de notre société. Ceux qui votent ces textes-là le font à titre personnel. Ce sont les consciences individuelles qui s’expriment, pas les fractures politiques ou idéologiques d’une particratie. C’est là toute la sagesse de notre démocratie, différant en cela de l’affrontement meurtrier sur ces thèmes de la société française. On ne peut dès lors que saluer la contribution de la N-VA, auteur du texte qui recueille cette majorité, dans sa construction d’un consensus.

Les opinions relatives à l’euthanasie sont toutes respectables, car on touche à l’intimité de chacun. Pour ce qui nous concerne, nous estimons cette extension aux mineurs indispensable et urgente. Le texte proposé nous paraît extrêmement pertinent en n’imposant pas d’âge limite, mais en faisant appel à la capacité de discernement du mineur – assortie de l’accord des représentants légaux. Rappelons que l’euthanasie légalisée reste un choix, qui n’est pas alternatif mais fait partie d’un tout, comprenant notamment le recours aux soins palliatifs. L’existence d’une loi est le meilleur garde-fou contre les dérapages possibles de ce qui se pratique déjà dans la clandestinité. Elle dote aussi ce geste ultime et grave d’un contexte empreint de sérénité, car permettant une discussion ouverte, et sans crainte, de tous, en ce compris les médecins confrontés aux demandes. Avec la possibilité au bout de ce dialogue de maintenir ou pas un souhait.