E-cigarette: il faut dissiper l’écran de fumée!

Le rapport très attendu des experts du Conseil supérieur de la santé, dont nous révélons aujourd’hui le contenu, ne laisse plus grande latitude à l’interprétation : la cigarette électronique, dispositif qui transforme en vapeur un liquide qui peut contenir de la nicotine, n’a pas été fabriquée par de généreux altruistes pour aider les centaines de millions de fumeurs qui veulent se détacher de leur clope. Et dont la moitié en mourra. Si c’était le cas, comme pour tout autre médicament ou dispositif de substitution, des tests robustes sur des milliers de fumeurs prouveraient cet effet. Et, pourquoi pas, la cigarette électronique pourrait même être remboursée, au titre des vies sauvées. Mais rien ne dit aujourd’hui que cet appareil, commercialisé illégalement dans notre pays quand il contient des liquides avec nicotine, a vraiment aidé un seul fumeur ni même sauvé une vie. Par contre, la vague de son usage est nette : il a décuplé en un an, atteignant déjà 2 % des fumeurs. En France, 40 % des jeunes adultes l’auraient déjà testé. La cigarette électronique sape les efforts de fumeurs qui ont réussi à arrêter, leur offrant le mirage de la nicotine délivrée sans cancer. Certains tabacologues soulignent que l’on détricote ainsi une abstinence longuement et péniblement construite et que, le pli de la nicotine une fois repris, c’est souvent le vrai tabac qui est au rendez-vous. D’autres préfèrent y voir la première étape de l’arrêt. Mais ne serait-il pas préférable, dans ce cas, de voir ce dispositif prouver correctement son efficacité et être délivré par des auxiliaires de santé qui ont pignon sur rue, les pharmaciens ? D’afficher clairement sa composition et sa provenance, comme on s’attend d’un produit qu’on fait pénétrer au plus intime de son corps ?

Peut-on se satisfaire vraiment d’un produit délivré sur internet à côté du tabac de contrebande ou dans des boutiques qui, la plupart du temps, vendent aujourd’hui un produit illégal ?

Les « vapoteurs », sans doute, protesteront que celle-ci est moins nocive que l’autre, la « vraie ». Mais n’est-ce pas sauter ainsi de Charybde en Scylla ? Briser enfin les liens d’une assuétude puissante – on l’affirme plus prégnante que celle de la cocaïne – pour la retrouver instantanément. Au risque de replonger dans l’écran de fumée savamment dispensé par les fabricants ?

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