Nelson Mandela, le long parcours de l’apôtre de la réconciliation

Né en 1918 dans un village «xhosa» (sud-est de l’Afrique du sud), Nelson Mandela reçoit le prénom prophétique de Rolihlahla, «le fauteur de troubles».. De lignée royale, il est promis au rôle de conseiller du roi des Thembu, comme son père. Quand ce dernier décède, le roi accueille le jeune garçon de 9 ans sous son toit. Il lui enseigne qu’un chef ne doit jamais se mettre en avant et doit prendre les décisions par consensus, après de longues palabres : une leçon que Mandela retiendra.

Dans ses mémoires, « Un long chemin vers la liberté », il se décrit lui-même comme un enfant «introverti et sérieux». A l’école méthodiste, où il devient pensionnaire à 12 ans, il découvre la culture anglaise et une rigueur morale, qui le marquera pour la vie. En 1939, il entre à Fort Hare, la seule université noire du pays. Très fier dans son costume élégant, le jeune prince commence «à réaliser qu’un Noir n’avait pas à accepter les dizaines d’affronts mesquins qu’on lui infligeait chaque jour». Il est expulsé de l’université pour avoir soutenu un boycott des étudiants : «J’aurais dû accepter un compromis, mais j’en étais incapable».

Rolihlahla, «le fauteur de troubles» : c’est le prénom prophétique donné à Mandela à sa naissance, le 18 juillet 1918 à Mveso, un village reculé du Cap oriental (sud-est de l’Afrique du sud). C’est son institutrice qui lui donne son prénom anglais, à l’école primaire, où il le premier de sa famille à aller.

Descendant d’une famille royale, son père – 4 épouses et 13 enfants – était conseiller du roi des Thembu, une branche de l’ethnie xhosa. «Il pouvait se montrer d’un entêtement excessif. Il était fier et révolté, avec un sens obstiné de la justice», raconte Mandela dans ses mémoires (« Un long chemin vers la liberté »). Autant de traits de caractère dont il a hérités.

Avec les garçons du village, il garde les vaches et s’initie au combat de bâtons. «J’ai appris à vaincre mes adversaires, sans les déshonorer» : une leçon de sagesse qui lui servira plus tard pour négocier avec les Afrikaners. Cette enfance paisible est brutalement interrompue par le décès de son père : à 9 ans, Nelson est emmené loin de sa famille à Qunu, à 40 km de Mveso. Le prince régent des Thembu l’accueille dans le «palais», une maison à l’européenne. Mandela observe les longues palabres de la cour : il y développe ses facultés d’écoute et de négociation, qui feront merveille plus tard. Il y apprend aussi l’art de la dialectique, très élaboré chez les Xhosa, et s’imprègne des récits de leur résistance face à la colonisation blanche. Il en retire un sens élevé de sa propre dignité, qui lui permettra plus tard de résister à toutes les humiliations. Lors de la cérémonie de circoncision à l’adolescence, il apprend qu’«un homme cache sa douleur» : Mandela ne s’épanchera jamais sur ses tourments.

Introverti et sérieux

Lui-même se décrit comme un enfant «introverti et sérieux», qui a dû «travailler dur» pour réussir à l’école méthodiste, où il entre en pension à l’âge de 12 ans. Il y découvre la culture anglaise, emprunte de rigueur et de discipline : il ne sera jamais un homme d’excès.

En 1939, il intègre Fort Hare, la seule université noire du pays, par où sont passés Robert Mugabe et les leaders nationalistes de la région. Un peu hautain, le jeune prince xhosa ne se mêle aux étudiants politisés : très élégant, il aime la course à pied, la boxe, le théâtre et la danse. Mais il commence à «prendre conscience qu’un Noir n’avait pas à accepter les dizaines d’affronts mesquins qu’on lui infligeait chaque jour». Entraîné dans un mouvement de grève, il est expulsé de l’université: «J’aurais dû accepter un compromis, ce dont j’étais incapable».

Mandela est un jeune homme fier, déterminé et courageux. En 1941, il défie son père adoptif, le prince régent : il a 23 ans et refuse un mariage arrangé. Sans un sou en poche, il prend le premier train pour Johannesburg, renonçant ainsi à son destin de chef traditionnel. Engagé comme veilleur de nuit dans une mine, il découvre l’effroyable exploitation des Noirs : «Pendant la première année, j’ai plus appris sur la pauvreté que pendant toute mon enfance à Qunu». Devenu employé de bureau, il «passe des journées avec une seule bouchée dans le ventre».

Mandela reprend ses études de droit à l’université de Johannesburg où il est le seul étudiant africain : «L’hostilité restait muette mais je la ressentais tout autant». Il se lie à des condisciples blancs et indiens politiquement engagés, dont la militante communiste Ruth First qui le décrit comme «un bel homme très fier, très digne, plutôt sensible, voir peut-être arrogant. Mais il était exposé à toutes sortes d’humiliations». Le jeune prince, au grand sourire charmeur, est aussi réputé pour ses conquêtes féminines.

Si Nelson est devenu Mandela, c’est grâce à son voisin à Soweto, l’agent immobilier Walter Sisulu, qui repère ses qualités de leader dès leur première rencontre : cet intellectuel brillant et autodidacte jouera pendant cinq décennies le rôle de mentor politique de son cadet. C’est sous son influence que Mandela s’affilie à l’ANC en 1944 : «J’avais abandonné l’idée que mes liens avec la famille royale thembu me garantissaient le respect. Avoir un bon salaire et réussir ma carrière n’étaient plus mes buts ultimes».

En 1944, Sisulu, Mandela et un autre avocat, Oliver Tambo, fondent la Ligue des jeunes de l’ANC. «Mandela avait un effet magnétique sur la foule : il était impressionnant par sa taille, son beau visage, il avait la confiance des jeunes et leur impatience, les femmes le trouvaient attirant. Il était déterminé et courageux. Il était né pour être un leader populaire », raconte Tambo. En 1949, le trio renverse la direction de l’ANC, jugée trop modérée face au parti national, qui vient de gagner les élections réservées aux Blancs. Elu président de la «Ligue des jeunes», Mandela se fait remarquer par sa véhémence. Au nom du nationalisme africain, il veut purger l’ANC des communistes blancs et interrompt violemment leurs réunions. Mais il réalise rapidement que le parti ne peut se passer de leur expérience et doit rester une formation multiraciale : ce pragmatisme est aussi l’une de ses grandes forces.

Mandela est arrêté en 1952 lors de la première grande campagne de résistance passive : l’avocat de 34 ans a pris la tête des manifestations de masse contre la stricte ségrégation raciale mise en place par le régime d’apartheid. «La campagne m’avait libéré de tout sentiment de doute ou d’infériorité», raconte-t-il dans les Mémoires. Le «freedom fighter » (combattant de la liberté) a appris à vaincre sa peur en «la dissimulant sous le masque de l’audace». Condamné à neuf mois de prison avec sursis, il est interdit de réunion et assigné à résidence à Johannesburg : c’est le premier d’une longue série de «bannissements».

Avocat

La même année, Mandela ouvre avec Tambo le premier cabinet d’avocats noirs du pays. Il partage ses journées entre le tribunal et l’ANC dont il devient vice-président. Le soir, il se défoule sur un ring de boxe. Il a peu de temps à consacrer à Evelyn Mase, qu’il a épousé en 1944, et leur trois enfants. Sa femme l’accuse de violence – selon le livre de David Smith «Young Mandela» - et divorce en 1957. Volage, Mandela aurait eu aussi des enfants hors mariage. En 1958, il se remarie avec Winnie, une jeune assistante sociale dont il tombe fou amoureux. Ils auront deux filles qu’il ne verra pas grandir.

La répression se durcit. «Nelson joua un rôle clé pour définir et adopter de nouvelles tactiques », raconte Tambo. De 1957 à 61, Mandela et 155 autres opposants sont jugés pour haute trahison. Ils sont finalement acquittés. Mais l’euphorie est de courte durée. En 1960, le régime d’apartheid interdit l’ANC et décrète l’état d’urgence, après le massacre de Sharpeville en 1960 (69 morts). La résistance pacifique a montré ses limites. Madiba (son nom de clan) vit désormais dans la clandestinité, changeant chaque jour de déguisement. Il proclame son soutien à la lutte armée, dans une rare interview à la BBC. Il commande la nouvelle branche armée de l’ANC «Umkhonto we Sizwe» ( la «Lance de la nation »), qui commet son premier attentat en décembre 1961. Mandela préconise des actes de sabotage «qui n’entraine aucune perte en vie humaine et ménage les meilleures chances aux relations interraciales». Pour le régime d’apartheid, soutenu par les pays occidentaux, il est devenu un dangereux «terroriste» à la solde de l’Union soviétique.

En 1962, le fugitif quitte l’Afrique du sud. Il voyage à Londres et dans 15 pays africains, notamment en Algérie et en Ethiopie, où il suit un entrainement militaire. Mais, on ne lui enseigne pas la prudence. Douze jours après son retour clandestin en Afrique du sud, il participe à une fête à Durban. Le lendemain, le 5 août 1962, il est arrêté. Plus défiant que jamais, il comparait devant le juge en tenue traditionnelle «xhosa» et transforme sa défense en plaidoyer politique : «J’ai compris que je pouvais continuer la lutte à l’intérieur de la forteresse de l’ennemi». Peu après, il est rejugé avec 7 autres hauts dirigeants de l’ANC, lors du «procès de Rivonia», pour tentative de renversement du gouvernement par la force. Mandela prononce son fameux discours devant le juge, qui risque de le condamner à mort : « J’ai lutté contre la domination des Blancs et j’ai lutté contre la domination des Noirs. Mon idéal le plus cher est celui d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales. Si cela est nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir ». Finalement, les accusés sont «seulement» condamnés à la prison à vie.

En 1964, les portes de l’île Robben island, au large du Cap, se referment sur Mandela. Les prisonniers sont coupés du monde : sans accès aux médias, les deux lettres annuelles à la famille sont censurées. La nourriture est insuffisante, le travail est épuisant : casser des pierres sous un soleil cuisant et en silence. Le reste du temps, les détenus, isolés dans leurs cellules, sont livrés à leurs démons : «Chaque fois que je vois que tu souffres, je suis torturé par un sentiment de culpabilité et de honte », écrit-il à Winnie. Il le reconnaîtra plus tard : «Ma famille a payé mon engagement d’un prix terrible, peut-être trop élevé».

Calme

En prison, Mandela s’impose à tous par son calme et son autorité morale. Quand les détenus sont forcés de courir vers leurs cellules comme des animaux, il ralentit le pas : «Vous devez livrer cette bataille et la gagner dès le premier jour». Avec ses compagnons de détention – Walter Sisulu, Ahmed Kathrada, Govan Mbeki, etc. – Mandela créée «une université informelle» : ils étudient par correspondance et donnent cours aux autres détenus. Les discussions politiques sont très vives, notamment avec les jeunes leaders radicaux incarcérés après la révolte de Soweto en 1976, comme Terror Lekota : «Mandela nous a appris que ne pas être d’accord n’est pas un manque de respect ou un signe de défiance. Pourtant, ce n’était pas facile de discuter avec lui». Comme le note son biographe Anthony Sampson, la vie carcérale a un effet positif sur la personnalité de Mandela : «Il n’était plus le chef autocrate, mais le démocrate flexible, qui pouvait écouter et tenir compte des vues de la majorité».

Le prisonnier «46664» adopte une approche conciliante avec les gardiens, dont il apprend la langue et la culture, par la lecture des écrivains afrikaners. Pour négocier avec l’ennemi, il faut comprendre le point de vue. «Il n’y a rien de mieux qu’un long séjour en prison pour arriver à une appréciation plus juste des réalités de la société», dit-il.

En 1982, le célèbre prisonnier est transféré dans la prison de Pollsmoor, près du Cap, beaucoup plus confortable. Lancée deux ans plus tôt, la campagne internationale « Libérez Mandela » (qui culminera avec un gigantesque festival de rock au stade de Wembley, à Londres, en 1988) commence à porter ses fruits. Des sanctions sont adoptées contre le régime d’apartheid. La pression s’intensifie aussi dans le pays. Quand les townships s’embrasent en 1985, les manifestants défilent en clamant son nom, faute de pouvoir brandir sa photo, interdite. En 1987, Mandela entame des négociations secrètes avec le ministre de la Justice, sans en informer les autres membres de l’ANC. La rencontre avec la président P.W. Botha, en juillet 1989, est cordiale – le « vieux crocodile» lui sert lui-même du thé – mais sans suite. Son successeur, Frederik de Klerk, a plus d’audace. La chute du mur de Berlin a changé la donne internationale. Les milieux d’affaire, affectés par le boycott économique du pays, font aussi pression. Le 4 février 1990, de Klerk crée la surprise en annonçant la légalisation de tous les partis politiques et la libération des prisonniers politiques.

Un homme amaigri de 72 ans, aux cheveux grisonnants, dont personne n’a vu le visage depuis vingt-sept ans, fait ses premiers pas d’homme libre, le 11 février, aux côtés de Winnie. Devant les caméras du monde entier, il appelle à l’unité du pays. Il ne montre aucun signe de colère ou d’amertume. Il se joue aussitôt de son immense célébrité : «On me voit comme un «demi dieu» mais je ne suis qu’une pince à linge où accrocher toutes les aspirations de l’ANC». Madiba souhaite «retrouver une vie normale» auprès de Winnie dans leur maison de Soweto. Mais il déchante vite : le temps et les controverses ont raison de son mariage avec Winnie. En 1992, c’est la séparation, puis le divorce. «Elle avait épousé un homme qui devait la quitter bientôt ; cet homme était devenu un mythe : puis ce mythe était revenu chez lui et s’était révélé n’être qu’un homme», dit-il lors de leur divorce, en 1996.

«Tata (papa en xhosa) Madiba» se console en multipliant les bains de foule. Il adore la compagnie des enfants : «Je veux tous vous mettre dans ma poche ». Avec sa simplicité désarmante et son humour, «il a une habileté exceptionnelle à faire en sorte que chaque personne qui le rencontre se sente spéciale», ajoute l’ancien président De Klerk. C’est dans ces contacts individuels qu’il déploie un charisme inégalable. Il n’oublie jamais de saluer les «petites» gens, serveurs ou portiers.

Elu président de l’ANC en juillet 1991, Mandela doit convaincre ses propres partisans d’embrasser le processus de négociation. Lui-même en vient à douter de la bonne foi du parti national, pendant les négociations sur la transition politique, qui commencent fin 1991. Le parti zoulou de l’Inkhata, armé en sous-main par le régime d’apartheid, multiplie les attaques contre l’ANC. Il y a des dizaines de milliers de morts. Mandela soupçonne le président De Klerk d’avoir fomenté ces violences pour le discréditer. Le 10 décembre 1993, les deux hommes partagent le Prix Nobel de la paix, au grand dam de l’ancien prisonnier. Malgré ce climat de violence, renforcé par les attentats de l’extrême droite afrikaners, le «père de la nation» s’en tient à sa méthode : inclure tout le monde dans les négociations. Le 27 avril 1994, les premières élections multiraciales se tiennent dans un calme étonnant : le monde entier acclame le « miracle sud-africain».

Le 10 mai, à Pretoria, le plus grand rassemblement de chefs d’État depuis l’assassinat de John F.Kennedy en 1963 assiste à l’intronisation du premier président noir du pays. Mandela a 76 ans et laisse rapidement la gestion du gouvernement à son vice-président Thabo Mbeki. On lui reproche d’avoir toléré des ministres incompétents. Mais pour le vieux sage, la loyauté à l’égard du parti et ses compagnons de lutte passe avant tout. «Il consultait l’ANC même pour de petites décisions», explique Ahmed Kathrada, son ancien compagnon de geôle.

Mandela se consacrer corps et âme à la réconciliation des Sud-Africains. «L’oppresseur doit être libéré tout comme l’oppressé. L’opprimé et l’oppresseur sont tous deux dépossédés de leur liberté», explique-t-il dans ses mémoires. Il multiplie les gestes symboliques, comme lorsqu’il rend visite à la veuve de l’ex président honni, Hendrik Verwoerd. «Je voulais que l’Afrique du sud voie que j’aimais mes ennemis, tout en haïssant le système qui avait fait naître notre affrontement». Quand, en 1995, il descend dans le stade d’Ellys Park, en portant le maillot de l’équipe sud-africaine qui vient de remporter la Coupe du monde de rugby (le sport symbole de l’apartheid), les Afrikaners lui font un triomphe. La victoire des Springboks est le premier événement qui unit la nation «arc-en-ciel». La «magie Mandela» a opéré. Il a réussi à apaiser les craintes des Blancs. Mais lui-même a été déçu par leur manque

Si le premier chef d’État noir sud-africain a réussi à apaiser les craintes des Blancs, lui-même a été déçu par le manque d’empressement des dirigeants blancs à reconnaître, devant la commission «vérité et réconciliation» (1996-2003), leur responsabilité dans les tortures et exécutions arbitraires. A la fin de sa présidence, Mandela s’en prend aussi à certains journalistes noirs, jugé trop critiques.

En 1998, un nouveau chapitre s’ouvre dans la vie de Mandela, qui fête ses 80 ans : «Je suis amoureux d’une femme remarquable». Il retrouve le sourire grâce à Graca, la veuve de l’ancien président Samoa Machel (de 24 ans sa cadette) qui veut « l’aider à faire les choses qu’il aime, comme un être humain, et pas uniquement ce qu’on attend de lui».

L’année suivante, le vieux sage renonce à un second mandat de président. Un exemple pour l’Afrique. Il n’intervient plus dans les débats, à l’exception du sida : en 2002, il se démarque publiquement des vues de Mbeki. «Sous Mbeki, l’ANC est devenu beaucoup moins démocratique, explique le journaliste Charles Leonard. Mais Mandela n’a jamais exprimé sa déception devant l’évolution politique. La loyauté envers l’ANC passait avant tout».

Années folles

Ce sont des «années folles», selon son assistante Zelda La Grange, avec une moyenne de 5 rencontres par jour. Mandela se fait photographier aux côtés d’un nombre innombrable d’hommes politiques et de chefs d’entreprise, qui contribuent à ses Fondations (construction d’écoles, de cliniques, lutte contre le sida, etc.). L’homme politique le plus populaire au monde a toujours utilisé son prestige pour récolter des fonds, même de dirigeants controversés, comme l’ex-président indonésien Suharto, qui lui avait donné 10 millions de dollars en 1990, en échange de son silence sur la répression à Est-Timor. Mandela a ainsi pu aider l’ANC, sa famille, et des « camarades » (comme le chef d’Etat Jacob Zuma, très corrompu, à qui il a donné 100 000 euros en 2005. On évoque rarement le manque de transparence de ces «cadeaux», qui ont favorisé le développement de la corruption en Afrique du sud. Mandela s’est aussi laissé entrainé dans des opérations douteuses, comme la vente de soi-disant aquarelles de Robben island, signées de sa main, organisée par son avocat personnel Ismaël Ayob et deux de ses filles. «Il a tendance à faire trop confiance aux gens», reconnait son ami, Ahmed Kathrada.

«Ne m’appelez plus, c’est moi qui vous appellerai si j’en ressens le besoin », annonce le vieil homme, en 2004. Permettez-moi de me reposer, même si beaucoup d’entre vous doivent penser qu’après avoir passé vingt-sept ans sur une ile, on n’a pas besoin de repos ». Souffrant des genoux, il a de plus en plus de peine à marcher. Son entourage le presse de ne plus prendre la parole en public, après plusieurs « dérapages» liés au grand âge, comme qu’il lance en 2003, une attaque au vitriole contre le président américain George Bush, qu’il accuse de ne «pas penser proprement et de vouloir plonger le monde dans un holocauste», suite à l’attaque contre l’Irak. Ses apparitions se font dès lors de plus en plus rares. Sa dernière date de juillet 2010, lors de la finale de la Coupe du monde de football, où il salue une foule en délire. Depuis juillet 2011, Khulu (grand père) s’était retiré dans sa maison de Qunu – construite sur le modèle de la maison où il a passé sa dernière année de détention dans la prison de Victor Verster, près du Cap. Cette année, il avait encore reçu la famille Clinton (Bill en juillet, Hillary en aout) dont il était très proche.