Des manifestants font tomber une statue de Lénine à Kiev

La place de l’Indépendance, aussi appelée Maïdan, haut lieu de la Révolution orange de 2004, et les rues voisines étaient noires de monde ce dimanche. Entre 250.000 et 300.000 opposants pro-européens réclament le départ du président Viktor Ianoukovitch, accusé de « vendre » l’Ukraine à la Russie.

Dans un acte de défi envers Moscou, une trentaine de manifestants ont renversé une statue de Lénine, le leader de la révolution de 1917, située également dans le centre et servant de point de rassemblement aux communistes locaux. Le monument de plus de trois mètres a été remplacé par un drapeau ukrainien après sa chute la tête la première, après avoir été tiré pendant dix minutes par ses assaillants, masqués.

Plusieurs membres du parti ultra-nationaliste Svoboda (Liberté), qui voient dans Lénine un symbole de la soumission de l’Ukraine à Moscou sous l’URSS, se sont félicités de l’événement, qui a été suivi de scènes de joie. «  Après la chute de Lénine à Kiev, le régime de Ianoukovitch va aussi chuter », a affirmé le député Igor Mirochnitchenko.

L’Europe ou la dictature

«  Il sera crucial de rassembler assez de monde lundi pour bloquer les bâtiments des autorités actuelles », a expliqué le leader du parti nationaliste Svoboda, Oleg Tyagnybok. Un autre leader de l’opposition, Arseni Iatseniouk, a prévenu que «  la nuit à venir et demain (lundi) seront déterminants ».

L’opposition menace aussi de bloquer la résidence du président dans la banlieue de la capitale faute de changement de gouvernement.

« Notre objectif est le départ immédiat du président ukrainien », a lu Evguénia. « Démission ! démission ! », a scandé la foule. « Ne baissez pas les bras, ne faites pas de pas en arrière, ne vous mettez pas à la table des négociations avec ce pouvoir qui a le sang sur les mains », a-t-elle poursuivi en référence aux violences policières il y a une semaine contre des étudiants. « Nous avons aujourd’hui le choix entre sombrer dans une dictature corrompue et le retour à la maison, en Europe », a-t-elle lancé.

« Liberté à Ioulia ! », a également scandé la foule.

Catherine Ashton à Kiev la semaine prochaine

La représentante de la diplomatie de l’Union européenne se rendra à Kiev la semaine prochaine pour une « mission de conciliation ». «  Le principe de la mission de Catherine Ashton est acquis, mais la date n’est pas encore arrêtée. Le déplacement devrait se faire dans le milieu de la semaine. Mais tout est très mouvant », a confié une source proche du dossier.

L’objectif de ce déplacement est de « trouver une solution politique aux tensions en Ukraine en instaurant un dialogue avec l’opposition et la société civile », un enjeu capital puisqu’il en va de «  la stabilité du pays ».

Une pression accrue depuis vendredi

Le refus du pouvoir de signer fin novembre l’accord d’association avec l’UE négocié depuis trois ans et les violences contre les manifestants ont plongé ce pays de 46 millions d’habitants dans une crise politique sans précédent depuis la Révolution orange.

La tension est montée d’un cran après la visite vendredi du président Viktor Ianoukovitch en Russie où il a discuté avec son homologue Vladimir Poutine de « partenariat stratégique ».

La Russie a été accusée par les Européens d’avoir exercé des pressions économiques et menaces « inacceptables » sur le pouvoir ukrainien pour qu’il renonce à l’association avec l’UE.

« Ce Maïdan ne doit pas permettre à Ianoukovitch de vendre l’Ukraine à la Russie », a lancé Arseni Iatseniouk, allié de Mme Timochenko qui a affirmé samedi que le président ukrainien s’apprêtait à signer le 17 décembre un accord d’adhésion de l’Ukraine à l’Union douanière d’ex-républiques soviétiques menée par Moscou. Le pouvoir a catégoriquement démenti en dénonçant « des provocations ».

Le boxeur Vitali Klitschko, un autre leader de l’opposition a pour sa part appelé à une grève générale. « Je suis sûr que nous sommes capables de faire tomber le pouvoir », a lancé Vitali Klitschko.

« Tant de choses qui m’indignent »

Selon son mouvement Oudar, le nombre de manifestants sur la place de l’Indépendance « approchait un million ».

« Nous sommes ici pour l’avenir européen de l’Ukraine, pour nos enfants et nos petits-enfants. Nous voulons que la justice règne pour tout le monde et que le pouvoir cesse de voler », a déclaré Viktor Melnitchouk, un retraité de 52 ans.

« Je ne m’intéresse pas à la politique mais il y a tant de choses qui m’indignent. La dernière goutte c’était le passage à tabac des étudiants », a dit Marianna Vakhniouk, 26 ans, venue de Lviv, en référence à la dispersion violente le 30 novembre d’une manifestation au même endroit qui a fait de nombreux blessés, principalement des étudiants.

Entre 200.000 et 500.000 personnes s’étaient rassemblées le 1er décembre sur cette place après une dispersion violente la veille d’un campement d’étudiants au même endroit.

« Agir dans le cadre de la loi »

L’opposition réclame l’organisation d’élections anticipées ainsi que la punition des responsables des violences policières et la libération de personnes mises en détention provisoire pour des « troubles » et qu’elle juge innocentes.

Quelque 15.000 partisans du président Viktor Ianoukovitch se sont rassemblés de leur côté devant le parlement, brandissant des drapeaux bleus de son Parti des régions. Certains d’entre eux ont reconnu avoir été payés.

Le ministre de l’Intérieur Vitali Zakhartchenko, accusé par l’opposition d’être responsable des violences contre les manifestants, a mis en garde les éventuels fauteurs de troubles.

« Certains hommes politiques disent que le pouvoir est illégitime et appellent à frapper les policiers et prendre d’assaut les organes du pouvoir. Nous allons réagir dans le cadre de la loi », a-t-il prévenu.