Conscientisé, le Belge mange comme il peut

L’alimentation, c’est (aussi) dans la tête, Docteur ! Ce postulat, c’est un peu celui des campagnes d’information lancées par les pouvoirs publics, afin de sensibiliser le consommateur à la nécessité d’une alimentation équilibrée. Et en général, le message semble bien reçu, si l’on en croit les résultats de l’enquête menée par Solidaris.

Ainsi, huit personnes sur dix (82 %) déclarent se sentir concernées par ces messages. La sensibilisation est toutefois mieux perçue à mesure que l’on grimpe dans les catégories socioprofessionnelles. L’âge influence également l’appréciation de ces campagnes : les plus âgés s’y montrent plus réceptifs.

Ce clivage social n’est pas anodin. En effet, 63 % des sondés estiment que les produits alimentaires qu’on nous propose, représentent un risque important pour la santé. Et au sein du sous-groupe au pouvoir d’achat plus limité (« je fais mes courses à 5 euros près »), le taux de personnes convaincues de la dangerosité de notre alimentation atteint même 71 %. Mais ce consommateur sensibilisé à l’impact de la nourriture sur sa santé, doit composer (son repas quotidien) avec la réalité : il achète ce qu’il trouve dans les rayons et étals et, surtout, ce qu’il est en mesure de s’offrir.

Le voilà dès lors soumis à ce qu’on nomme dans le jargon de la psychologie la « double contrainte » ou l’« injonction paradoxale » : on lui conseille d’adopter un comportement que sa situation rend quasiment impossible. Une situation qui concerne au moins deux des six sociotypes. A l’arrivée, il en résulte une véritable inégalité sociale face aux messages de santé publique, observe les enquêteurs de Solidaris : «  Les milieux populaires se sentent un peu moins concernés par ces messages, ils sont davantage culpabilisés et ressentent une vraie difficulté à discerner une logique tellement les messages leur paraissent contradictoires. Pour eux, ces messages sont aussi anxiogènes » . Cela va même plus loin : pour trois personnes sur dix, les conseils qui leur sont prodigués, leur paraissent contradictoires. Ils parlent de « cacophonie alimentaire ».

Le consommateur ne compte que sur lui

La bataille de la sensibilisation est-elle perdue pour autant ? Non. Car dans le même temps, sept sondés sur dix admettent que les campagnes de sensibilisation, comme manger cinq fruits et légumes par jour, les incitent à réfléchir. Ainsi 56 % de l’échantillon estiment que par leurs choix alimentaires, ils peuvent agir sur leur santé. Et ils sont 39 % à être convaincu de pouvoir agir sur leur environnement à travers leur nourriture. « L’injonction paradoxale est vécue de façon non résignée par une partie des individus, observent les auteurs de l’étude. Certains tentent de devenir acteurs et de se donner les moyens d’agir sur eux-mêmes » .

La volonté d’agir des citoyens-consommateurs se heurte toutefois à une méfiance à l’égard des pouvoirs publics, de la grande distribution, des producteurs et même de la filière bio. En somme, bon nombre d’individus ne comptent que sur eux-mêmes. Ils choisissent donc de répondre par des actes de résistance : ne plus acheter certains produits (origine trop lointaine, non saisonniers, contenant trop de pesticides, etc.) et passer à de nouvelles pratiques (cuisiner des produits frais, cultiver son potager, privilégier les circuits courts). Ils sont une majorité également à attendre une meilleure information sur les produits achetés : traitements subis, produits ajoutés, traçabilité, valeur nutritionnelle, garantie du label, origine géographique… Et 62 % des personnes interrogées voudraient pouvoir tenir compte des conditions sociales de production de ce qui atterrit dans leur assiette : refuser d’acheter des produits fabriqués dans des conditions qui ne respectent pas les droits de l’homme ou dans des pays autorisant le travail des enfants.

Pour le Belge, la faim ne justifie donc pas tous les moyens. C’est plutôt rassurant.

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