Damien Vandermeersch: «La transaction pénale, c’est une justice à deux vitesses»

« Oui je dénonce la justice à deux vitesses »

« J’ai dénoncé une justice à deux vitesses. Vous savez, quand on est un acteur judiciaire, on est confronté à des gens et derrière tout dossier, il y a des êtres humains et, dans la matière pénale, beaucoup d’êtres humains en souffrance. Alors, ce qui, effectivement, me met mal à l’aise, c’est une nouvelle loi qui date d’il y a deux ans et qui prévoit que la transaction pénale peut même être conclue alors que le juge est déjà en charge de l’affaire. Avant, on pouvait éventuellement faire une transaction pénale avant que le juge soit saisi mais dorénavant, même quand le juge va juger l’affaire, on peut le court-circuiter. cela me gêne que ça se passe dans le dos du juge et sans son contrôle. C’est un manque de transparence. On comprend évidemment l’intérêt d’obtenir une transaction pénale : vous n’avez pas de procès public, vous n’avez pas de peine, pas de casier judiciaire donc effectivement c’est un régime très favorable mais il semblerait que ce soit principalement les riches qui pourront en profiter. Celui qui n’a pas d’argent, ce n’est pas une opportunité qui lui sera offerte. »

« La logique extrémiste est redoutable »

«  Comment des gens normaux en sont-ils venus à basculer ou bien comment peu à peu en sont-ils venus à s’inscrire dans cette logique ? C’est la raison pour laquelle je commence mon livre par les logiques collectives. Car il y a vraiment des logiques collectives qui se sont mises en place et qui créent ce contexte de guerre, terrible. La guerre, je rappelle que c’est quand même légitimer l’assassinat du brave soldat en face. C’est ça la guerre : tuer, anéantir le soldat en face, c’est même l’objectif déclaré. En revanche, le crime de guerre, le crime contre l’humanité, c’est s’en prendre aux civils, s’en prendre à ceux qui ne sont pas des combattants, qui ne sont pas des militaires. Et donc on voit qu’il y a un contexte particulier évidemment sur lequel se greffe une logique extrémiste, qui valide l’idée que la solution, la paix, la sécurité, passent par l’élimination de l’autre. Et là évidemment c’est redoutable, parce que ça veut dire qu’on se mobilise pour quoi ? Pour éliminer l’autre groupe, et ça comprend à ce moment-là même les générations futures. Cette logique-là est évidemment tout à fait redoutable. »

« On sent un embarras de la CPI à gérer certains pays »

Y a-t-il un risque d’instrumentaliser la Cour Pénale Internationale (CPI) ?

Il y a un risque. Dans certains dossiers, certains l’affirment et on ne peut vraiment pas l’exclure. On peut imaginer qu’il y a certaines plaintes qui n’ont pas été gérées avec beaucoup de diligence.

Lesquelles ?

On sent que la CPI est très ennuyée par rapport à la situation, dans certains pays d’Amérique du Sud, dans la situation Israël- Palestine, on voit qu’il y a un embarras manifeste de se lancer, c’est vrai que ce serait là, effectivement, un enjeu d’une tout autre ampleur, qui serait un enjeu de justice mais on ne peut pas nier que.

C’est une question de protection américaine pour le gouvernement israélien par exemple ?

Les États-Unis ne font pas partie de la CPI mais ils ont toujours annoncé très clairement leur opposition parce qu’ils ont peur d’être les premiers visés.

Ils ne font pas partie de la CPI mais vous avez le sentiment qu’ils n’influencent pas du tout les débats ?

Évidemment qu’ils essaient parce que c’est toujours des rapports de force.