Les jeunes, tous diplomés mais sans travail?

Les jeunes possèdent-ils tous un diplôme de l’enseignement supérieur ? Non, loin de là. D’après l’enquête 2012 du SPF Economie sur les Forces du travail, 58 % des Belges âgés entre 25 et 29 ans ne possèdent pas de diplôme de l’enseignement supérieur. Un tiers d’entre eux ne dispose pas de diplôme du secondaire supérieur (soit 18 % des Belges). « La Belgique francophone est très concernée par le phénomène, le Hainaut et Bruxelles en tête », analyse Vincent Vandenberghe, professeur d’économie à l’UCL. Plus de 20 % des Wallons et 25 % des Bruxellois de 25-29 ans n’ont pas terminé leur rhéto. Du côté des Flamands du même âge, ils ne sont « que » 14,5 %. Néanmoins, les jeunes sont plus nombreux à accéder aux diplômes de l’enseignement supérieur : 42 % pour les 25-29 ans, contre 30 % pour les 50-54 ans, en 2012. « La nouvelle génération est généralement mieux formée que ne l’était la précédente. Le taux d’accès à l’enseignement supérieur a augmenté en Belgique. Il est supérieur à la moyenne européenne », poursuit Vincent Vandenberghe.

Entre 1987 et 2010, les inscriptions dans les six universités de Fédération Wallonie Bruxelles ont augmenté de 61 %. « Depuis les années septante, les filles ont fait gonfler les quotas. Elles sont même devenues majoritaires, explique Marc Romainville, professeur à l’Université de Namur. Mais les nouveaux étudiants sont aussi des étudiants au profil plus “moyen”, qui tentent des études supérieures aujourd’hui alors que s’ils avaient vécu il y a trente ans, ils se seraient lancés dans la vie professionnelle. »

D’après Vincent Vandenberghe, cette « massification » provient du côté « libéral » de l’enseignement en Belgique. « Il suffit de terminer le secondaire pour pouvoir entreprendre des études supérieures », précise-t-il. Pour preuve : entre 1987 et 2010, le nombre de diplômes obtenus dans l’enseignement supérieur n’augmentait que de 25 %, tandis que le taux d’échec en première année d’université varie entre 30 et 50 %.

« Dans mon entourage, la plupart des jeunes se sont inscrits en haute école, mais ont abandonné en cours de route. Mais ils ont tous trouvé du travail, malgré qu’ils n’aient pas de diplôme », raconte Gwendoline, 24 ans. En 2010-2011, 26,1 % des étudiants de première année du supérieur non universitaire avaient abandonné leur cursus en cours d’année, contre 27,7 % à l’université.

D’autres étudiants optent plutôt pour la réorientation. « Mes étudiants ont parfois des parcours plutôt chaotiques, explique Florence Brasseur, chef de travaux en langue française au Campus pédagogique de la Haute Ecole en Hainaut, à Mons. Certains sont d’abord passés par la médecine ou les sciences économiques, avant de choisir le régendat en langue française. » Les étudiants de 1re génération – ceux qui s’inscrivent pour la première fois aux études supérieures – se font rares, dans l’enseignement supérieur non universitaire. Les hautes écoles seraient-elles un « second choix » ? « Pas nécessairement, d’après Nathalie Jauniaux, coordinatrice au sein de l’Observatoire de l’Enseignement supérieur. Dans l’enseignement plus qualifiant, comme les arts ou la soudure, c’est généralement un premier choix. Mais il est vrai que 40 % des étudiants de première année avaient fait un autre choix avant de s’inscrire en haute école. »

Les étudiants surdiplômés

Autre tendance : l’allongement des études et la multiplication des diplômes. « Il est certain que les jeunes aujourd’hui se demandent s’ils doivent compléter leur formation avec un autre diplôme, reconnaît Elisabeth Waltregny, responsable du suivi des alumni à l’ULG. Ils suivent des formations en gestion. C’est vrai que c’est un “plus” sur le marché de l’emploi. » Pour Marc Romainville, ce phénomène n’est pas problématique. « Ce qui est plus grave, c’est la surqualification, lorsque des étudiants avec un haut diplôme sont embauchés pour des postes qui n’en nécessiteraient pas tant. » D’après les observations d’Elisabeth Waltregny, les universitaires finissent par trouver un emploi correspondant à leur niveau de diplôme. Les problèmes d’emploi concernent principalement les jeunes sans diplôme de l’enseignement supérieur. « En matière de chômage chez les jeunes, on est sur deux planètes , celle des jeunes qui ont suivi un cursus dans le supérieur, et celle des autres », conclut Vincent Vandenberghe.